Audi coupé S2 : Le coupé quattro (presque) oublié

Difficile de succéder à une légende ! C’est la leçon tirée par de nombreuses voitures, à commencer par celle qui fut nommée sobrement « Audi Coupé », arrivée juste après la quattro. Rencontre avec la sulfureuse version « S2 », la plus aboutie de la lignée…

Par Jack Seller, photos DR

En bref
Coupé sportif succédant à l’Audi quattro
Production : 1988 – 1996 (Type ABY à partir de 1993)
7100 exemplaires (Type « 3B » de 220 ch + « ABY » de 230 ch)

Avec l’Audi quattro, on peut dire que Ferdinand Piëch a bien réussi son coup. En à peine 10 ans, grâce à la supériorité technique de la quattro mise en avant partout dans le monde à travers le rallye, Audi est passée de petite marque européenne de second plan, à un constructeur « bankable » techno et branché.  Un coup de maître, permettant à Audi de mettre un pied dans le premium, mais Piëch sait mieux que quiconque que la principale difficulté sera de s’y maintenir, surtout que la marque doit se retirer du rallye qui l’a propulsée si haut, suite à l’interdiction pure et simple par la FIA des Groupes B. Faire aussi bien oui mais comment ? Ce challenge se pose au moment de renouveler l’Ur quattro, vers la fin des années 80. En fait, sa remplaçante est déjà dans les cartons depuis un moment, et elle pointe timidement le bout de son capot en 1988, alors que la quattro est en pleine force de l’âge et va sur ses 8 ans. La transition se fait en douceur, puisque les 2 modèles vont curieusement cohabiter durant quelques années au catalogue… jusqu’en 1991 !

Et le client en quête d’un beau coupé a de quoi légitimement se laisser tenter par la petite nouvelle, qui face au style daté et taillé à la serpe de son ancêtre, oppose au contraire une ligne beaucoup plus douce, faite de rondeurs. On peut y voir l’influence du « bio-design » (introduit notamment par Ford avec sa Sierra), un courant stylistique qui s’empare de l’automobile dès le milieu des années 80. Car le nouveau Audi coupé doit beaucoup à la berline 80 du moment (type B3), lancée un peu avant, en 1986. Même avant rondouillard sculpté pour fendre la bise – qui fait écho à l’arrière traité de la même manière – ce coupé joue assurément la carte de la modernité. Et sa ligne de caisse haute et ses surfaces vitrées réduites lui confèrent une personnalité affirmée, qui lui permet de se poser en rupture avec son aîné. Enfin, sur la forme, car ce coupé « new look » reste finalement proche dans l’esprit de sa devancière, en restant une belle GT quatre places au confort bourgeois.

New look

Un nouveau look pour une nouvelle vie ? Il y a un peu de ça, surtout que contre toute attente, ce nouveau coupé Audi connaît aussi, pour la première fois (en 1991), une déclinaison décapotable baptisée… cabriolet. Je sais, vous allez me dire qu’entre « Coupé » et « Cabriolet », il ne se sont pas foulés chez Audi pour trouver ces noms. Vous n’aurez pas tort, visiblement, le budget est passé ailleurs ! Dans le développement de nouveaux moteurs par exemple, la plupart étant partagés avec la berline 80-90, cette dernière lui donnant également son nouveau châssis, quoique doté d’un empattement légèrement raccourci. Sous le capot, on sent bien qu’Audi cherche à attirer un nouveau public, bien plus large qu’avec son élitiste Ur quattro. Ainsi, le coupé fait lui aussi cause commune avec la berline 90, mais en partageant uniquement les nobles 5 cylindres qui ont tant fait pour la réputation de la marque. En version de base, l’Audi Coupé est motorisé par un 5 cylindres 2.2 de 136 ch (en traction avant) et de 170 ch (en quattro). En mars 1990, un indigent 2.0 de 113 ch (version E), disponible avec une boîte automatique, sera même proposé !

A la lecture de la grille de cette nouvelle gamme, on se demande bien où est passée la fibre sportive de l’ancêtre Ur quattro. Ne bougez pas, on y vient ! Cela arrive en 1991, année justement où la vénérable quattro prend sa retraite. Un départ en beauté, puisque dans sa dernière exécution, elle a droit au fantastique 5 cylindres 2.2 turbo 20v de 220 ch. Un moteur incroyable qui est… reconduit en l’état dans le coupé qui nous intéresse, et qui prend le nom de « S2 ». Cette greffe s’accompagne de nombreuses améliorations techniques, avec une suspension affermie et abaissée, le montage de freins plus gros mais aussi d’un aileron de coffre, bien utile pour gagner en stabilité à haute vitesse. Car oui, nous y sommes, avec ce moteur, la S2 Coupé est une authentique sportive, ce qui lui permet en outre d’adopter d’office la fameuse transmission intégrale qui a déjà tant fait pour l’image d’Audi. Une vraie exclusivité dans la catégorie en 1991, qui laisse sur le carreau toute la concurrence.

Grand Tourisme à Ingolstadt

Il est vrai que la S2 commence fort sa carrière question puissance, en proposant comme sur notre sublime modèle d’essai, issu des réserves d’Audi Tradition, quelques 220 ch. Et à partir de 1993, elle fera mieux dans sa dernière évolution « ABY », le moteur gagnant encore 10 ch de plus, tandis que la boîte manuelle adopte un 6ème rapport. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à « notre » coupé S2. Difficile de trouver plus beau que cet exemplaire « gris Avus » totalisant à peine 78 000 km, resté conforme à l’origine jusqu’au moindre boulon, jantes spécifiques à 5 branches comprises. Ce premier exemplaire de l’année 1991 (type 3B), immaculé, étonne par la fraicheur de sa peinture mais aussi par la bonne tenue de son habitacle, signe d’une évidente qualité de fabrication. Malgré ses 30 ans d’âge au compteur, force est de constater que tout a bien vieilli. Les plastiques sont (déjà !) abondamment moussés, les ajustages précis, et l’instrumentation spécifique à fond blanc, archi-complète, donne l’assurance de bien prendre place dans une authentique sportive. Une sportive qui se distingue par quelques éléments spécifiques, comme le sigle Audi Sport incrusté dans le volant à 3 branches (et présent sur la calandre et le hayon), ou encore la sellerie en tissu siglée « quattro », le cuir étant, même à ce niveau de gamme, réservé en option.

La position de conduite ne souffre d’aucune critique, et les sièges baquet, très enveloppants, séduisent par leur maintien parfait et leur confort ferme, juste comme il faut. Un bref tour de clef réveille instantanément le « 5 pattes ». La sonorité crachée par le double échappement, quoique feutrée, est d’ores et déjà communicative, signe que nous allons vivre un bon moment. Ceci est d’autant plus le cas que nous avons la chance de faire notre essai sur les routes magiques des Alpes de Haute-Provence. Les premiers tours de roue se font bien sûr tranquillement, le temps de bien mettre à température le moteur et le reste. Et une fois « al dente » comme on dit de l’autre côté des Alpes, il n’y a plus qu’à rentrer une des 5 vitesses et… mettre godasse ! Dire que je me retrouve scotché au fond des sièges serait exagéré, mais dire que mamie a du répondant, ça c’est la vérité ! Car avec une mécanique en bonne santé, ce qui est le cas de ce sublime exemplaire encore bien frais, Audi annonçait un flatteur 5,9 secondes pour effacer le 0 à 100 km/h, et près de 250 km/h en vitesse de pointe. Des performances dignes d’une Porsche 968 de l’époque !

Voilà une comparaison qui pose un peu les choses, et pour ajouter au crédit de notre Audi, on peut bien évidemment ajouter l’avantage non négligeable procuré par la transmission intégrale quattro, qui colle littéralement la voiture à la route. Dans le sinueux, sur une surface un peu « gras-mouillé », pas sûr que la Porsche 968 – qui est une pure propulsion – puisse suivre le rythme ! Car la S2 n’a pas qu’un moteur : elle a aussi des trains roulants à la hauteur. Suspensions durcies, amortisseurs à gaz, barre anti-rapprochement à l’avant et barre antiroulis à l’arrière procurent à cette Audi un comportement imperturbable au-dessus du lot. Ce n’est pas très « fun », mais quelle efficacité ! Et puis, écrivons tout de même au moins une ligne pour rendre grâce à ce moteur aussi beau à regarder qu’agréable à écouter chanter. Quel bel organe !

L’avis d’Avus

Essayer l’Audi S2 Coupé, c’est l’adopter ! Bien que typée plus bourgeoise dans l’âme que sa mythique devancière, cette belle Audi dépourvue de tout palmarès sportif séduit néanmoins par sa ligne toujours aussi élégante, mais surtout par sa plus grande modernité, ce qui se ressent positivement à la conduite. Et côté « bande son », en se connectant sur la fréquence « 5 cylindres turbo », la S2 en donne pour son argent : rien que pour ça, on en veut une !

On aime

Ligne séduisante
Habitabilité
Agrément de conduite
Rapport prix/plaisir

On aime moins

Poids élevé
Plus bourgeoise que sportive
Plus efficace que fun

Caractéristiques techniques : Audi Coupé S2 (1991)

Moteur : 5 cylindres en ligne, 20v, 2226 cm3
Alimentation : Injection électronique, turbocompresseur
Puissance maxi (ch à tr/mn) : 220 à 5900
Couple maxi (Nm à tr/mn) : 357 à 1950
Transmission : Integrale, boîte mécanique 5 rapports
Suspension AV : McPherson triangulé
Suspension AR : Triangles superposés, ressorts hélicoïdaux
Freins : Disques ventilés (AV et AR)
Dimensions L x l x h (m) : 4,40/1,72/1,37
Poids (kg) : 1420
Pneus AV/AR : 205/55 ZR 16
Vitesse maxi (km/h) : 248
0 à 100 km/h (sec) : 5,9

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