Dossier Collector : Minibus DKW « Schnellaster »

Transport en commun… pas commun !

Pendant que certains prennent en otage les voyageurs en bloquant les trains, à Avus on reste sur le pont pour vous proposer un moyen de transports en commun alternatif : le minibus DKW F 800/3. Un engin autant sympathique qu’atypique, parfait pour ne pas dépasser les 80 km/h… et profiter du paysage !
Par Joseph Bonabaud, photos Stefan Sauer

En bref
Premier fourgon DKW
Production : de 1949 à 1962
Nombreuses variantes disponibles
Cote 2018 (minibus, parfait état) : 90 000 €

Près de 50 ans avant l’Espace, ce petit bus vitré de seulement 4m20 préfigurait le monospace, et offrait jusqu’à 8 places.

Après la seconde guerre mondiale, l’Allemagne vaincue est à terre, et l’heure n’est plus ni aux grosses cylindrées ni aux démonstrations de force sur les routes ou circuits. Les besoins ont radicalement changé, et la priorité est au contraire de produire des autos simples et accessibles au plus grand nombre. Un constat qui vaut aussi pour les petits utilitaires légers. Dans cette redistribution des cartes, Volkswagen est le mieux placé, en lançant sous contrôle anglais la production de la Coccinelle. Une voiture géniale, imaginée avant-guerre par Ferdinand Porsche, qui connaîtra un immense succès. Mais également un nombre incalculable de dérivés, dont un certain Combi, qui lui emprunte de nombreux éléments techniques, à commencer par son 4 cylindres à plat refroidi par air. Du côté du groupe Auto Union, c’est beaucoup plus compliqué… Déjà, de nombreuses usines se retrouvent du mauvais côté du mur, à l’Est (usine de Zwickau), et les derniers brevets et prototypes tombent entre les mains des russes, au titre de « compensation de guerre ». Et les prestigieuses Audi ou Horch, beaucoup trop chères et luxueuses, n’ont plus de raison d’être en cette période de disette.

« Son design n’est pas d’une élégance folle, mais avec son capot qui se fond dans le prolongement du pare-brise, il préfigure les monospaces qui pulluleront sur nos routes dans les années 90-2000 »

Heureusement, à l’Ouest, Auto Union peut s’appuyer sur DKW (Drampf Kraft Wagen, soit littéralement « voiture à vapeur »), une marque fondée en 1916 qui s’est spécialisée, dès 1919, dans la production de motocycles, au point d’être le plus grand fournisseur en la matière, jusqu’à la guerre. C’est sur le tard que l’entreprise fondée par les ingénieurs Rasmussen et Mathiessen viendra à l’automobile (1928), lui permettant de se hisser à la seconde place des constructeurs allemands. Autant dire qu’après-guerre, DKW a du poids et tous les atouts en main pour motoriser cette Allemagne en ruine, en pleine reconstruction. Qui dit « reconstruction », dit « construction », et de ce fait, la conception d’un véhicule utilitaire s’impose. Basée à Düsseldorf, l’usine reprend progressivement la fabrication d’automobiles pour les particuliers, et dès 1949, DKW présente un petit fourgon inédit.

Le fourgon DKW semble avoir pris sa revanche en collection, puisqu’en « état concours », un exemplaire a été adjugé 92 500 € dans une vente aux enchères de Pebble Beach, en 2013 !

Valse à 2 temps

Contrairement aux autres grands constructeurs automobiles de l’époque, qui ont tous majoritairement adopté le moteur 4 cylindres à 4 temps, DKW se distingue en proposant des autos dotées de compacts 3 cylindres 2 temps. Sauf que curieusement, dans le cas présent, DKW opte pour un modeste bicylindres transversal 2 temps, hérité de l’antique « F8 » de 1938. Couplé à une boîte mécanique à 3 rapports, à la première non synchronisée, il délivre la puissance terrifiante de… 27 ch ! Malgré tout, ce petit fourgon, baptisé « Schnellaster » (pour transporteur rapide !), produit à Ingolstadt, connaît un succès fulgurant.

La raison est simple : il est seul au monde, sans concurrence, et les besoins en la matière sont énormes ! Plus objectivement, excepté ce moteur qui paraît peu adapté à un engin destiné à rouler fréquemment en charge, le DKW Schnellaster est pétri de qualité. Certes, son design n’est pas d’une élégance folle, mais avec son capot qui se fond dans le prolongement du pare-brise, il préfigure après tout les monospaces qui pulluleront sur nos routes dans les années 90-2000. En fait, un Nissan Serena, aussi haut perché qu’étroit, n’était finalement pas mieux gaulé ! Et le monospace japonais faisait surtout moins bien en capacité d’accueil, car en à peine 4m20 de longueur, notre DKW pouvait embarquer jusqu’à 8 personnes et leurs bagages !

De conception très moderne avec sa traction avant, cet ingénieux petit utilitaire se distingue d’abord par son robuste châssis surbaissé permettant un plancher rigoureusement plat autorisant les habillages les plus divers. Ainsi, en plus du classique fourgon, DKW le déclinait en version pick-up avec benne, et comme ici, en minibus vitré à 8 places, qui est la variante la plus prisée. Mais avec son modeste moteur de 700 cm3, et une capacité de charge limitée à seulement 750 kg, DKW s’est senti obligé de monter en puissance, surtout qu’entre-temps la concurrence commençait à réagir, notamment VW avec son fameux Combi. Autant dire, un sacré « client » !

En 1956, une centaine d’exemplaires 100% électriques furent construits, pour servir sur des îles reculées interdisant l’usage de véhicules à moteur.

Dès 1952, les ingénieurs de DKW planchent sur un fourgon inédit, le « F 855 L », de forme beaucoup plus séduisante, et doté de quelques aménagements qui pouvaient faire la différence. Outre une astucieuse porte latérale coulissante, le F 855 L disposait d’un siège passager basculant, pour optimiser la capacité de charge à bord, et la charge maximum était portée à 950 kg.

Malheureusement, faute de moyens financiers suffisants, cet utilitaire léger très prometteur restera à l’état de prototype, et DKW dut se contenter de moderniser à peu de frais son brave Schnellaster. C’est ainsi qu’apparut, en juin 1954, le « nouveau » F800/30. A l’instar des autres Schnellaster du même millésime, il reçoit un nouveau moteur bicylindre, placé cette fois longitudinalement, et couplé à une boîte mécanique à 4 rapports. Avec une cylindrée portée à 800 cm3, ce bloc compact et léger développe désormais 30 ch, lui permettant ainsi d’embarquer jusqu’à 800 kg de charge utile (d’où son nouveau nom commercial). La vitesse demeure assez modeste, quoique bien assez rapide pour avoir désormais des problèmes sur nos belles départementales bidirectionnelles (90 km/h maxi !), mais l’adoption de la nouvelle boîte avec le levier implanté au volant permet de mieux exploiter les maigres ressources du moteur.

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Le meilleur pour la fin

Malgré ces progrès notables, DKW ne peut rien faire contre la suprématie du Combi Volkswagen, qui parvient par ailleurs à très bien s’exporter, jusqu’aux USA. Ainsi, à peine deux ans plus tard (1956), DKW se résout à monter enfin le « gros » 3 cylindres de l’élégante berline 3=6, un bloc cubant désormais 896 cm3, présent sur notre modèle d’essai. Restauré à la perfection, l’exemplaire qui illustre ces pages est issu des réserves d’Audi Tradition. L’avantage d’avoir implanté ce bloc est double… Outre un gain de puissance supplémentaire (32 ch à 4000 tr/mn), et un couple constant de 65 Nm délivrés de 1500 à 3500 tr/mn, gage d’une certaine souplesse à l’usage, ce 3 cylindres refroidi par eau a surtout le mérite d’être largement éprouvé et connu par le réseau DKW.

A l’usage, le Schnellaster 3=6 n’a bien sûr rien d’un foudre de guerre, et son unique compteur gradué jusqu’à 120 km/h fait preuve d’un bel optimisme, puisque dans les faits, tablez sur un 0 à 90 km/h effectué en… 53 sec ! Mais à défaut d’affoler le chrono, il séduit par son comportement sûr, obtenu par la monte d’un ressort à lames transversal à l’avant et de barres de torsion à l’arrière.

De même, les freins hydrauliques Duplex sont parfaitement à la hauteur pour assurer, sans faiblir, des décélérations dans la bonne moyenne, y compris en charge. Enfin, on peut noter quelques louables améliorations, comme l’implantation du levier de frein à main sous le tableau de bord, permettant ainsi de dégager l’accès au poste de conduite. Les sièges, à défaut d’offrir un bon maintien, s’avère étonnamment confortables, et sous la place du conducteur trouve place la roue de secours.

Mais au début des années 60, le Combi Volkswagen est définitivement devenu la référence de la catégorie, et d’autres utilitaires très ingénieux se sont bien installés, comme le Citroën HY « Tube » ou le Ford FK 1000, ancêtre du Transit. Le monde du travail étant impitoyable, après 13 ans de dur labeur, le vaillant DKW Schnellaster s’en ira prendre en 1962 une retraite bien méritée, pour laisser sa place au jeune F 1000 L. Très séduisant sur la forme, le F 1000 L a été dessiné par le carrossier italien Fissore, mais il ne sera finalement fabriqué… qu’en Espagne, en sous-traitance par la filiale d’Auto Union « Imosa ». Une autre aventure humaine et industrielle…

Merci à Déborah Barbes d’Audi France pour son aide à la réalisation de ce reportage, ainsi qu’au staff d’Audi Tradition.

Malgré la puissance modeste de son moteur, ce DKW apprécié pour son agilité et rapidité sera baptisé « Schenllaster ». Tout est bien sûr relatif…

Caractéristiques techniques : DKW « Schnellaster »

  • 3 cylindres à 2 temps de 896 cm3, refroidissement par eau et thermosiphon
  • Puissance maxi (ch à tr/mn) : 32 à 4000
  • Couple maxi (Nm à tr/mn) 65 de 1500 à 3500
  • Transmission aux roues avant, boîte mécanique à 4 rapports + AR
  • Freins système hydraulique « Duplex » (AV et AR)
  • Dimensions L x l x h (m) : 4,19 / 1,67 / 2,03
  • Empattement (m) : 3,00
  • Poids (kg) : 1100
  • Vitesse maxi (km/h) : 90
  • 0 à 90 km/h (sec) : 53

On aime

  • Exclusivité certaine
  • Look sympathique
  • Performances adaptées à la France de 2018 !
  • Rapport encombrement-habitabilité

On aime moins

  • On aime moins
  • Rare en bel état d’origine
  • Cote élevée
  • Pièces spécifiques rares et chères
  • Performances limitées

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