Essais

Audi e-tron quattro Sportback, Le plumage, pas le ramage

Contraint par Bruxelles de réduire drastiquement leurs rejets de CO2, les constructeurs, comme Audi, développent à marche forcée leur gamme électrique. Place désormais à cet e-tron Sportback, un SUV à l’allure athlétique qui séduit bien plus par son plumage, que par son ramage…

Par Joseph Bonabaud, photos Jack Seller

L’e-tron séduit par sa conduite feutrée, silencieuse, très agréable, notamment en ville. Seul hic : une autonomie trop juste pour prendre la route sereinement.

En bref
Dérivé Sportback de l’e-tron
Version 55 quattro (batteries de 95 kWh, autonomie de 446 km en WLTP)
Performances : 0 à 100 km/h en 5,7 sec (en boost) – 200 km/h maxi
Prix : à partir de 110 600 € (modèle non éligible au bonus)

Avant toute chose, il convient, je crois, de dissiper quelques éventuels malentendus. A Avus, nous n’avons rien contre la voiture électrique. Nous trouvons même son usage formidable, dans quelques cas bien précis. Nous songeons notamment aux citadines pures et dures, façon Renault Zoe, cantonnées naturellement à de courts trajets, essentiellement en ville. Autres véhicules particulièrement bien adaptés à cette technologie « propre » : les bus des transports en commun, les camions des éboueurs ou encore les fourgonnettes de la Poste. Bref, que des engins voués à parcourir, chaque jour, des trajets prédéfinis parfaitement calibrés, majoritairement urbains de surcroît, avec la possibilité de pouvoir recharger facilement, le soir, au dépôt, sur une borne dédiée avec une place réservée. Voilà, je crois que nous avons fait le tour exhaustif des seules applications pertinentes offertes par l’électrique en matière de transport ! Pour le reste, en l’état actuel de la technologie, où l’autonomie et les temps de charge demeurent des problèmes récurrents, vouloir imposer l’électrique à grande échelle reste, d’après nous, un non-sens. Pire, une impasse.

Et encore, nous ne parlons ici que de l’usage (limité) propre aux véhicules électriques. Nous ferons donc abstraction des ravages écologiques causés en Afrique ou Amérique du Sud pour prélever les terres rares, nécessaires à la constitution des batteries, mais aussi du fait qu’elles soient ensuite fabriquées majoritairement en Chine ! Et nous tairons le fait que, excepté en France, l’essentiel de l’électricité produite en Europe et dans le monde, indispensable pour recharger toutes ces voitures, est le fruit de centrales à… charbon ! Pas sûr que, mis bout à bout, tout ceci plaide en faveur de la voiture électrique, pas si « verte » que cela… Mais les cadors de Bruxelles, qui n’ont aucune véritable compétence technique ou écologique, en ont décidé autrement, en se focalisant uniquement sur les rejets à l’échappement. Ils menacent donc d’infliger à court terme de lourdes amendes aux constructeurs, si la moyenne des rejets de CO2 de leurs gammes respectives ne baisse pas significativement. Pour y parvenir, l’hybridation est une piste, mais le tout électrique est, de ce point de vue, bien plus probant, avec des rejets n’excédant pas… 0 gramme !

Parmi les voitures électriques, l’e-tron Sportback se pose comme un « gros porteur » avec son vaste habitacle et son grand coffre.

A la mode Sportback

Avec un train de retard sur l’américain Tesla, à la pointe dans ce domaine, Audi se lance donc à marche forcée dans le monde « merveilleux » de la voiture électrique, puisque pas moins de 20 modèles sont en approche d’ici 2025. Mais avec les déconvenues, prévisibles, que nous avions déjà dénoncées. Le premier modèle de ce vaste plan-produit est un grand SUV, l’e-tron quattro, lancé en 2018. Un modèle séduisant sur la forme, mais d’après nous, nul sur le fond ! Car qui voudrait investir plus de 100 000 € dans un engin familial aux capacités limitées destiné, par nature, à effectuer de longs trajets ? Car en réalité, on est très loin des 446 km d’autonomie annoncés : sur autoroute, lancé à 130-140 km/h, il n’est pas fichu de faire plus de 300 km, et 50 minutes de charge sont nécessaires sur le réseau Ionity… Un réseau « performant » de 150 kWh (permettant de récupérer 350 km d’autonomie en 30 min) mais qui est presque inexistant, car seuls 47 points existent en France !

Vous nous trouvez dur ? Regardez dans les grandes villes (et ailleurs), et cherchez les modèles e-tron qui y circulent (mais aussi le concurrent EQ de chez Mercedes ou I-Pace de chez Jaguar !), et vous verrez qu’ils sont juste aux abonnés absents. D’ailleurs, de l’aveu même de Markus Duesmann, le nouveau PDG d’Audi, il reconnaît la contre-performance commerciale de l’e-tron, puisque seuls 17 500 exemplaires ont trouvé preneur dans le monde à ce jour, ce qui reste bien peu ! Seul le pionnier Tesla tire son épingle du jeu, grâce à une technologie mieux maîtrisée (qui aurait, toujours selon Duesmann, au moins 2 ans d’avance), mais aussi des mises à jour à distance régulières et un réseau de charge bien développé.

Avec sa garde au sol surélevée et sa transmission quattro, l’e-tron Sportback peut s’aventurer dans un chemin creux. Pas tellement plus…

En attendant de réinventer l’eau chaude, pour tenter de séduire une plus large clientèle, Audi décline désormais son e-tron quattro en une version Sportback très à la mode. Bien sûr, idéalement, il aurait été souhaitable que cela s’accompagne d’une hausse sensible des capacités des batteries (toujours composées de 36 modules et 432 cellules), limitées pour l’heure à 95 kWh, permettant ainsi d’accroître l’autonomie. Mais dans les faits, cette variante se contente juste d’un changement de silhouette, l’arrière adoptant une forme fast-back avec un hayon fortement incliné, comme sur un coupé. Pas sûr que cette transformation « à la mode Sportback », pas nécessairement plus belle que l’e-tron normal, soit de nature à booster significativement les ventes !

C’est dommage, car sur la forme, notre e-tron Sportback « bleu Galaxie » est plutôt séduisant, du moins si on est fan de ce genre de SUV-Coupé. Avant assez bref et travaillé autour d’une calandre singleframe, phares perçants, flancs musclé et arrière fuyant donnent une vraie stature à cette voiture de 4m90 de long, bien posée sur de grosses roues de 19 pouces. Et dans le détail, on est impressionné par le travail accompli sur l’aéro, qui va jusqu’à intégrer une calandre à volets amovibles, mais aussi des flaps sur les bas de caisse ou un fond plat. En fait, le meilleur compliment que l’on peut adresser à Audi, c’est que cet engin ne ressemble pas du tout à une voiture électrique !

Bienvenue dans un monde 2.0

La gamme Audi passe à la génération « 2.0 », un tournant inauguré il y a 3 ans avec la dernière A8, qui se confirme petit à petit avec le renouvellement des modèles. Forcément, en tant que « vitrine high-tech », la gamme e-tron bénéficie du meilleur de la technologie Audi. Cela passe à l’intérieur par la suppression de tout bouton physique au profit d’écrans. Si je vous dis, comme ça, qu’il y en a jusqu’à 5 en tout, cela va légitimement vous faire peur ! Mais rassurez-vous, sur ce point, Audi a bien fait les choses, puisque tout se montre intuitif et est parfaitement à sa place… Le premier écran est celui dédié au cockpit virtuel, cette dalle numérique de 12’’ qui remplace les traditionnels compteurs analogiques, et que l’on retrouve désormais jusque sur la petite A1. Ensuite, deux autres écrans, tactiles cette fois – et à retours haptiques – investissent la console centrale.

L’intérieur combine finition parfaite, matériaux valorisants et nouvelles technologies, les écrans prenant ici largement le pouvoir.

Celui du haut est, comme d’habitude, réservé au GPS (et à l’infodivertissement), celui du bas se chargeant de régler les zones de confort. Enfin, et cela reste en option (1850 €), Audi propose pour la première fois des rétrocaméras à la place des rétroviseurs, un dispositif miniaturisé qui permet là encore d’optimiser l’aérodynamisme (et donc, l’autonomie !). Grâce à ce « rétro Audi virtual mirors », le constructeur aux Anneaux annonce 3 points de gagnés sur le Cx qui chute à un remarquable 0,25, ce qui permet de parcourir près de 10 km en plus ! Le retour, filmé par ces caméras, est visible en temps réel sur des petits écrans intégrés dans le haut des portières. Ceci reste à l’usage assez déroutant, et notre contact, durant une journée complète, ne nous aura pas permis de nous familiariser totalement avec. Voilà donc, peut-être, une source d’économie à faire…

Mets les watts… mais pas trop longtemps !

Contact mis, l’e-tron, Sportback ou pas, n’émet bien sûr aucun bruit. Certes, à l’usage c’est « zen » et reposant, notamment en ville, mais cela induit aussi quelques problèmes potentiels, comme gérer les piétons absorbés par leur Smartphone qui ne vous entendent pas arriver et traversent devant vous. Et lorsque l’on quitte une zone urbanisée, et que l’on peut enfin « lâcher les chevaux », une certaine frustration guette cette fois le conducteur. Car si cette voiture de près de 2500 kg est capable d’accélérations très probantes (0 à 100 km/h en 6,6 sec en mode normal, voire 5,7 sec en boost – à renouveler le moins possible pour préserver les batteries !), le tout s’effectue, là encore, dans le plus grand silence. Enfin presque, car même si l’auto est très bien insonorisée, rançon d’une excellente finition, il subsiste tout de même des bruits de roulement et d’air, habituellement « noyés » dans le brouhaha généré par le moteur d’une voiture thermique. Certains vont apprécier, d’autres pas : question de culture sans doute…

Après, pour rester objectif, saluons ici le travail remarquable effectué par les ingénieurs au niveau des trains roulants, la voiture offrant un excellent comportement, tout en préservant le confort. Voilà sans doute l’un des gros avantages de l’architecture d’une voiture électrique, offrir une excellente répartition des masses et un centre de gravité assez bas. Autre atout appréciable, l’absence d’inertie au démarrage, les moteurs électriques (un par essieu dans le cas présent pour assurer la fonction « quattro »), fonctionnant instantanément, et de concert. Cela permet à l’e-tron Sportback 55 quattro de revendiquer jusqu’à 300 kW en mode « boost » temporaire (8 secondes environ), soit l’équivalent de 408 ch (et jusqu’à 664 Nm de couple !). Mais profiter de ces belles performances vous coûtera très cher en autonomie, car pour aller loin, il faut garder le pied léger et jouer à l’écoconduite.

Audi annonce une consommation moyenne de 21,6 kWh/km, ce qui est déjà beaucoup, et le constructeur avoue que sur voie rapide, il est illusoire d’envisager dépasser les 300 km. Encore plus si vous profitez du mode « boost », des pics de consommation pouvant grimper à 36 kWh/km. Viendra ensuite le temps des réjouissances, indispensable pour recharger : en dehors du confidentiel réseau Ionity présent sur autoroute (qui facture 14 € chaque charge grâce à un accord avec le groupe VW), comptez 4h30 sur une borne publique de 22 kW, et près de 9h30 sur une wallbox de 11 kW installée à votre domicile. Vive le progrès !

L’avis d’Avus

Ce qui ne se discute pas, reste l’usage pour le moins limité que l’on peut faire d’un tel engin facturé, rappelons-le, près de 100 000 €, voire plus si affinités, notre modèle d’essai s’affichant à 119 350 € ! Déjà, dans mon propre entourage, je connais peu de personnes susceptibles de mettre autant d’argent dans une voiture. Une voiture qui de surcroît n’a rien d’un vieux modèle de collection qui fait vibrer notre corde sensible (et qui ne perd pas de valeur), mais plutôt une auto moderne qui va endosser le rôle ingrat de « déplaçoir du quotidien ». Pire, à cause d’une autonomie pour le moins limitée (plus ou moins 350 km sur autoroute), et des temps de charge interminables, il y a fort à parier que cet e-tron devienne de facto, à chaque vacances, la seconde voiture du foyer qui restera au garage. Et là, je dois avouer que dans ce même entourage, je ne vois vraiment personne susceptible de dépenser autant pour un tel engin, à l’usage aussi restreint, du moins tant qu’il existera des voitures thermiques bien plus convaincantes. Il est vrai que contrairement à Anne Hidalgo et tous ces technocrates de Bruxelles, je ne connais pas de militant écologiste fortuné !

Caractéristiques techniques Audi e-tron Sportback quattro 55

  • Moteurs : 2 moteurs électriques (1 par essieu), puissance maxi de 300 kW (408 ch) en mode « boost » temporaire (8 secondes)
  • Couple : 561 Nm (664 Nm en mode boost temporaire)
  • Consommation moyenne (kWh/100 km : 21,6
  • Autonomie (WLTP): 446 km
  • Dimensions (L x l x h) : 4m90 x 1m94 x 1m63
  • Empattement : 2m93
  • Coffre : 650 dm3 (dont 50 dm3 à l’avant)
  • Transmission : rapport unique, sur les 4 roues (quattro)
  • Poids à vide : 2490 kg
  • Pneus : 255/55 R 19
  • Rejets de CO2 : 0 g/km, non éligible au bonus

On aime

  • Style agréable
  • Présentation intérieure
  • Performances
  • Comportement routier
  • Incitations fiscales (pas de CG, pas de TVS, stationnement gratuit…)

On aime moins

  • Tout le reste !

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