Audi e-tron Sportback S, Survolté !

Après le SUV e-tron quattro, Audi continue de dérouler son « plan-produit » de voitures électriques. La phase 2 de cet ambitieux plan passe par le lancement de cette variante aux allures de coupé baptisée Sportback. Et pour proposer un agrément en rapport avec son physique avantageux, voilà qu’elle se dédouble en un inédit dérivé sportif « S » ici à l’essai…

Par Thomas Riaud, photos DR

Cette version Sportback diffère de l’e-tron normal au niveau du traitement de la poupe, dessinée comme un coupé. En revanche, l’intérieur reste identique.

En bref
Version Sportback de l’e-tron quattro
Dérivé sportif « S » inédit composé de 3 moteurs
Puissance cumulée en « boost » : 503 ch, 973 Nm
0 à 100 km/h : 4,5 sec

Forcément, il aurait dû, aux côtés de la nouvelle A3, être l’un des clous du stand Audi au salon de Genève. Mais le coronavirus est passé par là… Rétrospectivement, même si de nombreuses caractéristiques techniques restent encore inconnues (homologation en cours), on mesure mieux la chance d’avoir d’ores et déjà pu prendre le volant de cet e-tron Sportback S. Qui plus est sur le site confidentiel « Audi Sport » de Neubourg, un centre high-tech sorti de terre dans les environs d’Ingolstadt début 2015, juste avant le dieselgate. Cela a été l’ultime cadeau d’adieu de Ferdinand Piëch à sa marque de cœur, un site utile pour tester dans de bonnes conditions, à l’abri des regards indiscrets, les sport-protos R18 avant leur engagement au Mans. En bien peu de temps, les choses ont bien changé… Les gros diesels se sont tus, et on n’entend plus au loin que les bruits de roulement de voitures électriques. Logique car aujourd’hui, c’est sur cette même piste d’essai que l’on me propose d’essayer discrètement l’e-tron Sportback S, qui conserve d’ailleurs, en partie, son camouflage. Mais il ne s’agit pas de le tester comme on le fait habituellement, en allant sur la route. Cette fois, on me demande de rester dans l’enceinte du circuit pour pousser la voiture dans ses derniers retranchements. L’objectif est de mettre en évidence sa capacité à survirer en sortie de virage, un trait de caractère propre aux propulsions, qui participe pour beaucoup au plaisir de conduite. Bon, bah, y a plus qu’à !

En abattant le 0 à 100 km/h en 4,5 sec, cette variante « S » fait honneur à son prestigieux label, mais la Tesla Model X fait bien mieux encore…

Avant d’aller secouer cet engin de plus de 2,5 t d’un point de corde à un autre, un instructeur me propose de faire connaissance avec ma monture… et le tracé du circuit. Qu’on soit fan, ou pas, des voitures électriques, force est de reconnaître que la famille e-tron de chez Audi fait envie, ces grands SUV mariant sur la forme les traits d’un Q8 à ceux d’une A6 Allroad. Ce dérivé Sportback, à la manière d’un BMW X6, se fait encore plus dynamique d’aspect avec son arrière fuyant de coupé, le hayon étant fortement incliné. Et pour gagner en agressivité et justifier son appartenance à la famille des sportives « S », notre monture reçoit des boucliers retravaillés, garnis de plus grandes entrées d’air à l’avant, et d’énormes roues de 22 pouces. Malgré la présence d’autocollants destinés à préserver un peu la confidentialité de cette pré-série encore inconnue du public, on devine parfaitement ses traits plus affirmés.

A l’intérieur, tout est en revanche bien visible, sans le moindre camouflage. En plus de quelques logos « S » réservés à cette version spécifique, placés çà et là à bon escient, des dossiers de sièges « sport » aux seuils de portes, on retrouve un univers haut de gamme et « techno » propre aux dernières Audi, puisqu’il n’y a pas moins de… 5 écrans digitaux ! Outre le désormais fameux cockpit virtuel à affichage variable qui fait office de compteur multifonctions, il y a un écran tactile intégré sur la console, placé à bonne hauteur pour gérer l’infodivertissement, celui du bas étant réservé aux commandes de confort (avec retour haptique). Enfin, chaque contreporte se voit dotée d’un petit écran inédit placé à portée des yeux, celui-ci projetant, en temps réel, l’image filmée par les… rétrocaméras qui remplacent les classiques rétroviseurs extérieurs. Cela à l’air d’un gadget (et ce n’est pas complètement faux !), mais un tel dispositif optionnel permet d’optimiser l’aérodynamisme, ce qui influe favorablement sur la consommation… et donc sur l’autonomie !

Mets les watts !

Ce n’est pas un luxe pour cet engin lourd et haut perché dont la batterie intégrée dans tout le plancher, malheureusement inchangée par rapport à un e-tron 55 quattro, plafonne toujours à une capacité de 95 kW. Dommage, car cela reste déjà limité sur l’e-tron 55 quattro, lorsqu’on l’utilise sur voies rapides (autonomie de moins de 300 km). Et ce rayon d’action déjà décevant devrait logiquement encore chuter, vu que cette version « Sportback S » qui met l’accent sur la sportivité, dispose de 3 gros moteurs (une première sur un modèle de série). Autant dire qu’elle va être terriblement énergivore. Le premier moteur délivre l’équivalent de 150 kW, et s’il équipe habituellement l’essieu arrière de l’e-tron 55 quattro, il migre ici derrière la proue pour entraîner les roues avant. Le train arrière adopte 2 autres moteurs, développant 132 kW chacun (un par roue, agissant de façon indépendante). Combinés, ils développent l’équivalent de 435 ch et 808 Nm de couple, voire même, en mode boost temporaire (durant quelques secondes), jusqu’à 503 ch et 973 Nm ! Le temps de réponse à l’accélérateur étant presque inexistant, c’est suffisant pour expédier le 0 à 100 km/h en 4,5 sec, ce que l’on peut en effet qualifier de « sportif ». Mais sur le même exercice, une Tesla Model X vous téléporte sur le 0 à 100 en 2,9 sec, en vous collant littéralement avec force au fond des sièges !

Mais là où l’Audi e-tron Sportback S devrait mettre tout le monde d’accord, c’est sur sa propension à enrouler naturellement l’obstacle. Mieux, à la sortie d’un virage, roues avant encore braquées, on se surprend à remettre brutalement « les watts », ce qui a pour effet immédiat de faire déboiter l’arrière, comme sur une bonne vieille BMW M3. Jouissif ! A noter que sans être un pilote, on arrive à effectuer sans grand-peine cet exercice, signe que la voiture est bien équilibrée, offrant un feeling de conduite naturel. Evidemment, pour y parvenir, il faut provoquer la voiture, mais aussi « cocher les bonnes cases » en sélectionnant les bons modes de conduite au préalable. Cela suppose de déconnecter l’antipatinage ESP, mais aussi de naviguer dans l’Audi Drive Select, pour sélectionner le bien-nommé mode « Dynamic » Après, on laisse faire la magie électronique, qui va agir avec finesse sur les moteurs, mais aussi sur la direction à démultiplication variable, le châssis actif, la suspension pneumatique adaptative asservie à la vitesse sans oublier la transmission intégrale quattro, qui est naturellement du voyage. Sauf que dans le cas présent, il n’y a plus de lourd et imposant arbre de transmission.

Sans avoir besoin de recourir à un traditionnel différentiel mécanique, la puissance est ici gérée électroniquement roue par roue, avec une prédilection pour agir sur le train arrière, afin de favoriser le dynamisme de conduite (torque vectoriel). Un procédé qui marche admirablement bien, tant nous avons eu le sentiment de piloter une grosse propulsion, autant prévenante que docile, malgré son caractère très survireur lorsqu’on joue avec. Nous validons également le système de freinage, qui s’est révélé toujours à la hauteur, malgré des sollicitations à répétition, tour après tour. Un pilotage aux antipodes de l’éco-conduite habituellement prônée sur les véhicules électriques, qui aura mis en évidence quelques éléments à retenir. Car si avec cet e-tron Sportback S, Audi ne parvient toujours pas à nous rassurer sur l’autonomie – et donc la pertinence – de choisir sa grande familiale électrique, il nous prouve en revanche que ce type d’engin n’est pas forcément ennuyeux à conduire, si on fait abstraction de l’absence de bruit d’un gros moteur. Pour vous faire, vous aussi, votre avis, il faudra attendre la commercialisation prévue cet été, mais avant de craquer, un essai s’impose. Car le prix d’attaque de cette version élitiste devrait approcher les 115 000 € environ…

Qu’on se le dise, même si cet engin est un SUV, qui plus est électrique, jamais une Audi de série ne s’est montrée aussi fun à conduire. Un comble !

Caractéristiques techniques Audi e-tron Sportback S

  • Moteurs : 3 moteurs électriques (1 sur essieu avant, 2 sur essieu arrière), puissance maxi de 150 kW (355 Nm) à l’avant et 2 x 132 kW à l’arrière (309 Nm x 2).
  • Couple : 808 Nm (973 Nm en mode boost temporaire)
  • Consommation moyenne (kWh/100 km) : NC
  • Autonomie (WLTP) : NC
  • Dimensions (L x l x h) : 4m90 x 1m94 x 1m63
  • Empattement : 2m93
  • Coffre : 660 dm3
  • Transmission : rapport unique, sur les 4 roues (quattro)
  • Poids à vide : 2600 kg environ (estimation)
  • Pneus : 255/55 R 19
  • Performances : 0 à 100 km/h en 4,5 sec
  • Rejets de CO2 : 0 g/km

On aime

  • Style fort et intemporel
  • Ambiance intérieure
  • Performances toujours flatteuses
  • Rapport prix/prestations

On aime moins

  • Amortissement mal calibré
  • Comportement peu ludique
  • Détails de finition
  • Places arrière symboliques

En Sportback S avec Stig Blomqvist

Dans le hall du centre Audi Sport de Neubourg trône, en bonne place, quelques modèles RS de dernière génération, mis en évidence aux côtés d’une authentique Ur quattro de rallye. Et à côté de la voiture se tenait une vieille connaissance : Stig Blomqvist ! Sa présence ne devait rien au hasard, puisqu’Audi lui a demandé d’emmener les rares journalistes présents sur cet événement, faire quelques tours de circuit à bord de l’e-tron Sportback S après déjeuner. Une attraction parfaite pour digérer rapidement, car en thermique ou en électrique, l’ami Stig sait envoyer du bois, et il n’a rien perdu de son superbe coup de volant. Chapeau Monsieur Blomqvist !

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