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Audi en endurance, Invictus

Reviendra, reviendra pas ? Après presque 2 décennies de domination (presque) sans partage, Audi sport pourrait revenir en Endurance. Mais rien n’est acté, car Audi s’est déjà engagé en rallye-raid, et projette même de se lancer en F1. En attendant d’être fixé, retour sur le parcours exceptionnel d’Audi en Endurance…

Par Jack Seller, photos DR

En sport, Audi est coutumier des annonces qui tombent brutalement… et qui font du bruit. Déjà, en 2015, la nouvelle est tombée sous la forme d’un communiqué de presse tel une chape de plomb sur le petit monde de l’Endurance ! Après 18 ans de bons et loyaux services, et quelques rumeurs, Audi Sport quittait pour de bon la scène, dès la fin de la saison 2016. Malgré 13 couronnes acquises entre 2000 et 2014, il n’est prévu aucune tournée d’adieu, d’au revoir programmé, ni de programme partiel. Pour Audi, l’endurance c’est fini, pour se recentrer sur ce qui semblait branché à l’époque : la Formule E, histoire de faire oublier le dieselgate. Et fin 2020, de façon tout aussi soudaine et inattendue, Audi sport annonçait son grand retour en Endurance pour 2023, à la faveur d’un changement de réglementation, dans la nouvelle catégorie Hypercar. Une catégorie moins coûteuse que celle réservée aux anciens sport-prototypes LMP1, qui attire beaucoup de monde ! Pour les 100 ans de la mythique épreuve sarthoise, l’affiche promet en effet d’être exceptionnelle, car outre la présence de Toyota, on peut d’ores et déjà acter le grand retour de Peugeot, mais aussi de BMW, Porsche, Ferrari et même Cadillac !

Audi, qui a une totale légitimité pour briller dans la discipline, a commencé à développer une nouvelle voiture prévue à cet effet, mais depuis ces annonces faites courant 2021, il n’y a plus de son, ni d’image. Un silence embarrassant qui peut vouloir dire que la firme aux Anneaux se recentre en priorité sur sa nouvelle marotte, la Formule 1. Et les budgets n’étant pas extensibles – Audi étant par ailleurs déjà engagé en rallye-raid au Dakar – il est malheureusement probable que le programme d’Endurance pourtant prometteur en fasse les frais. En attendant d’être fixé pour de bon – certainement par un communiqué de presse surprise ! – Avus revient sur presque deux décennies de course effectuées aux quatre coins du monde, par la bande du Dr Ullrich et de Reinhold Joest.

Naissance d’une surdouée

Dessiné par Michael Pfanderhauer et Wolfgang Appel, il est décidé que l’Audi R8R sera une barquette ouverte, engagée en classe LMP. L’aventure commence en compétition dès 1999, après plus d’un an de tests. De son coté, et non sans un certain retard, Racing Technology Norfolk travaille sur une voiture fermée pour la classe LMGTP : l’Audi R8C. Audi Sport Team Joest débute en compétition aux 12 heures de Sebring, première manche du nouveau championnat American Le Mans Series. La classique floridienne doit servir de test grandeur nature. Les deux italiens Michele Alboreto et Rinaldo Capello – associés au Suédois Stafan Johansson – offriront un premier podium avec une 3ème place finale pour la nouvelle entité, quand la voiture sœur finira 5ème. Des débuts plus que prometteurs, signe que la voiture est performante et bien née !

Deux exemplaires de chaque voiture seront engagés dans la foulée au Mans. Les Audi R8R montrent d’emblée leur robustesse et endurance quand, au contraire, les deux R8C, engagées sous la bannière Audi Sport UK de Richard Lloyd, souffrent et abandonnent toutes deux, la N°9 après seulement 55 tours et la n°10 peu avant la mi-course. La course des 24 H du Mans, impitoyable tant pour les hommes que les mécaniques, met en exergue quelques faiblesses. Les quatre Audi ont en effet fait face à de nombreux problèmes techniques, notamment au niveau des boites de vitesses. Mais les voitures ouvertes et gérées par le Joest Racing s’en sortiront mieux, dans les stands comme sur la piste, en offrant un premier podium dans la Sarthe au manufacturier aux quatre anneaux, le premier d’une longue série. Une série longue de 18 ans !

Rrrrrr… 8 !

A l’intersaison, la décision est prise de se concentrer sur le proto barquette et le changement de millénaire voit l’arrivée de la redoutable Audi R8. Elle est dessinée par le duo Pfanderhauer pour l’aérodynamique et Appel pour la partie châssis avec le support du sorcier allemand Ulrich Baretzky pour le moteur, le père de 20 ans de mécaniques de compétition chez Audi. De 2000 à 2005, l’Audi R8 est la voiture à battre ou celle à engager ! Six victoires de suite à Petit Le Mans pour Audi North America et Champion Racing, cinq sacres aux 12 heures de Sebring puis encore cinq victoires, mais aux 24 Heures du Mans ! Sur une carrière longue de 6 ans, l’Audi R8 s’impose à 63 reprises soit via un engagement direct par Audi Sport Team Joest, soit par des équipes privées comme Johansson Motorsport, Audi Playstation Team Oreca ou des importateurs tels Audi Sport Team Goh qui s’imposeront dans la Sarthe en 2004. Seul point noir dans l’histoire de la R8 sur presque deux décennies d’Audi en Endurance : le décès le 25 Avril 2001 de l’Italien Michele Alboreto, lors d’une séance d’essai privée, sur le tracé du Lautzisring en Allemagne.

Ce n’est qu’en 2003 qu’Audi ne s’imposera pas au Mans, la firme allemande, aux ordres du bon Dr Piëch, ne souhaitant pas s’engager officiellement au profit de Bentley, membre également du groupe VAG. La marque anglaise y engage alors la EXP Speed 8, un sport-prototype grandement inspiré de la R8C des années 99/2000. Les mécaniciens et bon nombre d’ingénieurs et stratèges viennent d’ailleurs du Team Joest, une coïncidence qui n’en est pas une, surtout avec un duo Tom Kristensen – Rinaldo Capello associé au volant avec le pilote Bentley officiel Guy Smith ! Si la marque aux Anneaux ne gagne pas officiellement, le clan Audi est tout de même ravi du succès de la marque britannique… et Ferdinand Piëch rassuré pour pouvoir relancer au plus haut niveau la marque anglaise.

Fuel sentimental

En 2006, le diesel et la technologie TDI font leurs apparitions sous le capot des nouvelles R10 sous la forme d’un improbable V12 de 5,5 litres de cylindrée. Bonne pioche, car grâce à sa fiabilité et sobriété, il s’en suivra trois nouvelles couronnes dans la Sarthe face à Peugeot Sport et quatre titres constructeurs aux Etats Unis dans le championnat American Le Mans Series, face il est vrai à une concurrence plutôt limitée. En Europe, les hommes du Team Joest font face à Peugeot Sport. S’ils l’emportent dans la Sarthe jusqu’en 2009, les courses du championnat Le Mans Series sont plus en faveur de la marque au lion. Malgré tout, la fiabilité perfectible et la sortie de piste de la Peugeot permettront, lors de l’ultime manche de la saison, d’accrocher le titre avec une marge minime de 3 points. En 2008, c’est l’année de Peugeot. Avec sa 908, la marque au lion s’offrira quatre succès de suite sur les manches de 1000 kms courues à Barcelone, Monza, Spa et au Nürburgring avant qu’Audi ne remporte son unique succès sur le tracé de Silverstone. L’année suivante les vieillissantes R10, comme les R8 avant elles, sont confiées à des structures privées pour vivre une nouvelle vie. L’équipe allemande Kolles fera rouler deux voitures en Europe, ainsi qu’au Mans, sans grand résultat.

En 2009, Peugeot remporte les 24H du Mans face aux trois Audi R15 engagées. Seule une parviendra à voir le drapeau à damiers. Une année à oublier. Quand plus tard dans la saison, Peugeot l’emportera également à Road Atlanta avec une voiture rapide et mâture, Audi Sport Team Joest décidera de revoir sa copie. L’année suivante, le prototype Audi fut profondément retravaillé avec des pressions de turbo moins élevés et des restricteurs d’air moins grands. Si le résultat fut bien à la hauteur des espérances du constructeur allemand dans la Sarthe, avec notamment un triplé magistral, alors que les trois Peugeot officielles abandonnent, tout comme la 908 engagée en privé par le team Oreca.

L’année 2011 n’est guère différente, et Audi garde la main mise sur les 24 heures du Mans malgré deux abandons en course suite à des accrochages avec des voitures de la classe GT. Les nouvelles R18, devenues des prototypes fermés, ne font toutefois pas jeu égal avec les Peugeot lors de la saison régulière. En 2012, Peugeot jette l’éponge et c’est Toyota qui vient concurrencer la marque d’Ingolstadt qui s’engage assez logiquement dans le nouveau championnat du monde d’Endurance, créé conjointement par la FIA et l’Automobile Club de l’Ouest. Audi s’imposera lors de la manche d’ouverture aux 12 heures de Sebring avant de l’emporter à Spa et au Mans, ou les deux Toyota, après un très bon début de course, doivent abandonner. Les voitures japonaises s’avèrent toutefois de redoutables compétitrices, et elles gagneront à Silverstone et Sakhir. La fin de saison est en faveur du géant japonais, mais le résultat est sans appel au terme de la saison, avec 173 points contre 93, Audi devenant une nouvelle fois encore champion du monde d’Endurance. En 2013, bis repetita, la suprématie de l’Audi Sport Team Joest est totale avec six victoires, dont les 24 Heures du Mans pour le trio Allan McNish, Loïc Duval et Tom Kristensen en huit courses.

Dé-Mans !

L’année 2014 sera en revanche bien différente, notamment du fait de l’arrivée du cousin Porsche dans la catégorie LMP1. Si les 24 Heures du Mans tombent de nouveau dans l’escarcelle d’Audi, le reste de la saison ne reste pas dans les bons souvenirs du Dr Ulrich ou de Reinhold Joest. En effet, Toyota s’empare du titre après avoir gagné les deux premières manches en Angleterre et en Belgique avant de triompher devant son public à Fuji, mais également à Shanghai et Bahreïn, alors que Porsche l’emporte lors de la finale au Brésil. Maigre consolation pour cette saison, une victoire de plus au Mans, ou Audi était le seul constructeur à engager trois voitures, ainsi qu’aux Etats Unis sur le tracé d’Austin au Texas, avec le trio Fassler – Lotterer – Treluyer.

Vient 2015, une année à sens unique pour Audi avec la retraite en point de mire. Avant toute annonce officielle, les bruits de couloir commencent à parler d’un départ de la marque aux Anneaux de l’Endurance. Porsche domine la discipline de la tête et des épaules ne laissant que des bouchées de pain à la concurrence, dont une victoire à Silverstone et à Spa-Francorchamps pour Audi. La régularité métronomique d’André Lotterer, de Marcel Fassler et de Benoit Treluyer qui montent sur chacun des podiums des huit manches du WEC, n’empêchera pas Porsche de rafler Le Mans et le titre constructeur.

L’année qui vient de s’écouler n’aura été guère différente de la précédente, car si le trio Oliver Jarvis, Luca di Grassi, Loïc Duval remporte les Six heures de Spa, il faut attendre la dernière épreuve du championnat pour revoir Audi sur la plus haute marche du podium, soit lors de la course de Bahrein. C’est ultime course disputée par Audi en Championnat du Monde d’Endurance. Si le « Dieselgate » déclenché aux Etats Unis est surement en partie responsable de ce départ précipité, il ne doit en rien minimiser l’apport d’Audi pour l’Endurance. Car depuis 1999, Audi revendique au compteur 13 victoires éclatantes aux 24 Heures du Mans, 18 podiums consécutifs dans la Sarthe, ce qui en fait la marque de tous les records, derrière Porsche. Au-delà des chiffres, après le rallye avec la quattro, Audi aura su laisser une trace indélébile de façon tout aussi écrasante en Endurance. La marque des grands champions.

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