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Audi GT 5S : La quattro pour tous !

Vous adorez l’Ur quattro et vous en voulez une à un prix attractif ? C’est hélas de la science-fiction, cette voiture devenue culte approchant désormais des sommets en collection. Heureusement, il existe un « plan B » très valable, incarné par ce coupé GT 5S à condition d’oublier quelques chevaux… et le quattro !

Par Thomas Riaud, photos Thomas Riaud

En bref

Version « low cost » de l’Ur quattro
Version GT « 5 S », à traction avant
Moteur 5 cyl. 1.9 de 115 ch
Cote 2022 : 8000 € environ

Et si le bonheur était dans le « Piëch » ? C’est ce que l’on peut rétrospectivement se dire lorsque l’on voit la trajectoire autant brillante que fulgurante d’Audi dans les eighties, initiée par le génial Ferdinand Piëch, alors aux commandes de l’entreprise. L’année 1980 commence justement très fort, sans mauvais jeu de mots sur les chapeaux de roue, avec l’introduction de la fameuse Audi quattro (celle-même que l’on nommera ultérieurement « Ur quattro »), un modèle révolutionnaire à plus d’un titre, qui va littéralement catapulter Audi dans le monde fermé du premium. Et faire connaître la marque au monde entier ! Passons rapidement sur l’esthétique de ce coupé, assez rigide et austère, à mille lieues du charme d’une belle italienne ou anglaise. Mais la fiche technique de cette allemande a de quoi faire saliver, avec un singulier 5 cylindres 10v 2.1 litres de 200 ch sous le capot, et la présence d’une transmission intégrale permanente pour digérer tout ça.

Evidemment, pour une voiture de tourisme, c’est autant avant-gardiste qu’efficace. Mais encore faut-il le faire savoir. L’idée géniale de Piëch sera d’engager sa révolutionnaire « quattro » en rallye, au plus haut niveau, pour démontrer au monde entier le bien-fondé de cette technologie innovante. L’Audi quattro étant alors seule au monde dans sa catégorie, elle adressera sans préavis un camouflet à toute la concurrence en bouleversant l’ordre établi dès 1981, prouvant magistralement son « avance par la technologie ». Tiens, c’est précisément au début de cette année-là qu’Audi lance son nouveau coupé GT. Nouveau, vraiment ? On peut en douter. Car ce modèle ressemble trait pour trait à l’Ur quattro ! A quelques détails près toutefois, assez visibles pour faire immédiatement la différence, comme l’adoption de monoblocs rectangulaires à la place des 4 phares carrés (présents seulement au tout début de la commercialisation), et surtout la suppression des ailes bombées caractéristiques, qui apportent pourtant du muscle à la voiture. Du muscle, la GT en a vraiment moins, et pas seulement au niveau de sa plastique. Malheureusement…

T’as le look coco

Mains moins de muscle en apparence, ne veut pas dire insipide, loin de là. Sur la forme, notre Audi GT fait illusion et trompe son monde, en déployant son élégance discrète sur 4m35 de long. Si ce coupé ne déclenche pas des torticolis à la chaîne sur son passage, avec sa ligne taillée à la serpe et ses longs porte-à-faux, il séduit néanmoins par sa prestance sur la route. Et quelques détails bien sentis font mouche, comme le spoiler glissé sous la prise d’air inférieure, l’aileron de coffre ou les jantes en alliage, même si celles-ci ne sont que des 13 pouces. C’est assez pour faire saliver l’amateur de coupé de Grand Tourisme qui, à l’époque, a encore le choix entre l’inoxydable Ford Capri (Série 2), mais aussi la belle Lancia HPE, la vieillissante mais élégante Peugeot 504 coupé ou le sulfureux coupé Alfa GTV. Avec l’Audi GT, le client fait le choix de la raison plus que la passion, la voiture reposant sur une base plus modeste d’Audi 80, traction avant comprise. Et sous le capot, il y a du down-sizing avant l’heure, le 5 pattes maison se voyant privé de turbo et dégonflé pour les circonstances à 1.9 litres, la puissance dégringolant à seulement 115 ch. C’est peu, mais on reste au-dessus de la barre symbolique des 100 ch et surtout on a évité le pire, le marché allemand ayant eu droit à un roturier 4 cylindres 1.8 développant 75 malheureux poneys !

Quant à l’intérieur, s’il respire indéniablement une robuste qualité de fabrication très germanique, son style cubique à souhait, bien dans l’esprit de celui de la carrosserie, manque lui aussi quelque peu de charme. Pourtant, une fois à bord, on s’y sent bien dans cette Audi, avec ce poste de pilotage ergonomique, très bien pensé, avec ses commandes groupées de part et d’autres du bloc d’instruments. Le drap à carreaux habillant les sièges peut étonner, de même que le traitement du pommeau du levier de vitesses, seul élément en bois présent dans cet habitacle. Il dénote quelque peu, mais il apporte une salutaire once de chaleur. L’instrumentation donne elle aussi le change, en étant particulièrement complète. Entre le tachymètre et le compte-tours, très lisibles, prend place un moderne économètre doté d’une petite flèche qui indique, quand changer de rapport, pour avoir la conduite la plus efficiente possible. Dommage en revanche que ce coupé qui joue la carte du Grand Tourisme fasse l’impasse sur quelques équipements pourtant essentiels, y compris au début des années 80, comme les vitres électriques. Rassurez-vous : connaissant Audi, cela devait être disponible… mais en option !

Cinq pattes… de velours !

A l’oreille, cette Audi GT 5S ne peut renier ses liens de parenté avec la prestigieuse Ur quattro, le 5 cylindres chantant une mélodie bien particulière qui prend au cœur. Mais ne vous attendez surtout pas à profiter du son rauque de la version turbo de 200 ch. Non, ce « 5 pattes » préfère miauler, et pas trop fort, la GT 5S étant affublée d’une 5ème économique qui tire long, ceci afin de favoriser la consommation de carburant. Le souci est que la 4ème est presque tout aussi longue, et avec seulement 115 ch, on reste sur sa faim ! Heureusement, ce coupé aux mœurs paisibles dispose tout de même de trois premiers rapports qui tirent plus court, dispensant une accélération tout juste correcte (0 à 100 km/h en 10,3 sec), même si une bonne GTI restera loin devant. Et en se passant de transmission intégrale quattro, notre GT a l’énorme avantage de peser près de 2 quintaux de moins, ce qui profite à l’agilité, très bonne lorsque l’auto est lancée.

Mais mieux vaut éviter de la brusquer, la sportivité n’étant définitivement pas sa tasse de thé. A la fermeté, elle préfère la douceur, qu’il s’agisse de la direction assistée, bien calibrée, ou de l’amortissement, même si ce dernier privilégie le confort à l’efficacité. Car en haussant le rythme, notre beau coupé perd un peu de sa superbe, son train avant ayant tendance à facilement tirer tout droit dans les virages serrés abordés un peu trop vite. Et pour ralentir l’équipage, le freinage n’est pas son meilleur allié, ce dernier se montrant un brin spongieux, de surcroît peu mordant et endurant face à un effort intense répété. Vous l’aurez compris, cette GT ne se pilote pas mais se conduit, sagement de préférence, son truc à elle étant le Grand Tourisme à allure de sénateur, le coude à la portière. Il n’empêche, les amateurs de tranquillité seront nombreux à se laisser séduire, au point d’en convaincre 173 747 jusqu’en 1988, dernière année de production…

L’avis d’Avus

Bon, on ne va pas se mentir, cette Audi GT 5S n’est pas le genre de coupé à déclencher les passions au point de se lever la nuit pour aller l’admirer dans son garage ! Mais il permet d’accéder, pour un budget encore très raisonnable, à une voiture très proche, en apparence du moins, à la mythique Ur quattro. Après, notre conseil sera de viser plutôt l’élitiste version Coupé GT 2.2 litres de 136 ch équipée du quattro, nettement plus véloce et agréable à mener. Et bien plus proche de l’esprit « Grand Tourisme » que l’on attend d’un coupé Audi de cette envergure…

On aime

Ligne d’Ur quattro (presque !)
Moteur d’Ur quattro (presque !)
Coupé 4 places
Cote encore attractive

On aime moins

Aucune velléité sportive !
Manque de charme ?
Rare en bel état
Pièces spécifiques introuvables

Mille mercis à Jérôme Duguet de Sportwagen Paris (www.sportwagenparis.com) pour le prêt de cette superbe Audi GT destinée à la vente.

Caractéristiques techniques Audi Coupé GT 5S (1982)                                                            

Moteur : 5 cylindres en ligne, 10v, 1921 cm3
Alimentation : carburateur Pierburg double corps
Puissance maxi (ch à tr/mn) : 115 à 5900
Couple maxi (Nm à tr/mn) : 154 à 3700
Transmission : sur les roues avant, boîte mécanique à 5 rapports
Suspension AV : Pseudo McPherson, barre stab
Suspension AR : Essieu semi-rigide, barre Panhard
Freins : 4 disques (ventilés à l’avant)
Dimensions L x l x h (m) : 4,35 x 1,68 x 1,35
Poids (kg) : 1020
Pneus (AV / AR) : 175/70 R 13
Performances
Vitesse maxi (km/h) : 183
0 à 100 km/h (sec) : 10,3
Cote 2022 : 8000 € en parfait état

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