Audi Ur-quattro, Fascination intégrale

Audi n’en serait pas là où elle se trouve aujourd’hui sans une certaine Ur quattro, une auto révolutionnaire qui a su démontrer à la face du monde sa supériorité technologique grâce à son engagement en compétition. A l’occasion des 40 ans du quattro, nous revenons sur cette fabuleuse aventure à travers le rapide essai d’une redoutable Groupe B…

Par Jimmy Méloni, photos Bruno Ceyte (dynamiques) et Helena El Mokni (statiques)

Audi a opté pour une élégante carrosserie de coupé Grand Tourisme pour promouvoir sa transmission intégrale révolutionnaire.

C’est à la fin des années 70, plus exactement en 1977, que le premier prototype de Ur quattro voit le jour sur l’impulsion du génial ingénieur Ferdinand Piech, qui prendra, bien des années plus tard, la tête du groupe VAG. À l’époque, les concepteurs avaient bricolé un prototype sur une base d’Audi 80 à voies élargies, en lui greffant une transmission intégrale. Dès cet instant, l’improbable concept de celle qui deviendra l’Audi quattro était né. Le système à quatre roues motrices était un dispositif original, dont peu d’autos de tourisme disposaient. Le second coup de génie est d’y implanter un moteur performant. Audi glisse sous le capot ce qu’il a de mieux : le 5 cylindres de 170 ch de la nouvelle berline 200 turbo, le premier vrai haut de gamme aux Anneaux capable de rivaliser avec les BMW ou Mercedes. Un bon début, sauf qu’entre les protos et le modèle de série, Audi relèvera finalement le curseur à 200 chevaux. Son secret pour atteindre une telle puissance, c’est la greffe d’un plus gros turbocompresseur et d’un échangeur d’air.

Vous avez l’image, mais pas le son, celui entêtant de ce fantastique 5 cylindres « turbo ». Une vraie musique !

Le look est tout aussi sauvage, et pour mettre en avant son système quattro, Audi fait le choix de proposer un coupé de Grand Tourisme inédit. La carrosserie se pare d’ailes élargies et pare-chocs spécifiques qui lui donnent une véritable identité. Les angles sont saillants, presque rugueux, comme le moteur. Le carré est le maître mot sur cette auto bien ancrée dans les années 80, tout comme ses optiques, ses pare-chocs, son look en général, un symbole de puissance, de masculinité qui montrait toute sa virilité.

Côté performances, on n’est pas déçu ! Le 0 à 100 km/h s’effectue en 7,1 secondes et la vitesse de pointe dépasse largement les 200 km/h chrono, pour afficher sur le compteur 222 km/h. L’histoire aurait pu s’arrêter là pour Audi, en se contentant de sortir des chaînes de fabrication une auto démoniaque, intéressant seulement quelques passionnés. Il faut d’ailleurs préciser qu’Audi avait initialement prévu de vendre 4 à 5000 exemplaires maximum, chaque auto étant assemblée, presque à la main, dans l’usine d’Ingolstadt. Mais c’était sans compter sur un 3ème coup de génie : engager l’auto en compétition pour démontrer ses incroyables capacités à la face du monde…

L’intérieur n’a plus rien avoir avec celui, cossu, du coupé d’origine. Ici, place à l’efficacité !

Une renommée sportive internationale

Excellente idée, car la quattro va y glaner une renommée internationale qui allait lui coller durablement aux roues grâce à ses nombreuses participations. Comme pour Porsche ou Ferrari, pour Audi, la clé du succès est venue du monde sportif automobile. Dès 1980, la nouvelle Audi quattro, inconnue de tous, participe au rallye du Portugal, juste pour voir. Elle fait déjà forte impression et dès la saison 1982, pour sa deuxième participation au championnat du monde des rallyes, l’auto se propulse, d’emblée, sur la plus haute marche du podium, en remportant 6  ! La démonstration est faite que l’Ur quattro est une sacrée « machine de guerre ». Elle écrit partout ses lettres de noblesse dans la poussière, la neige et sur le bitume à la force de ses quatre roues motrices… Mais la concurrence réagit au quart de tour et Lancia souffle à Audi, l’année suivante, le titre du championnat. Piqué au vif, Audi revoit sa copie. La marque aux anneaux qui avait une longueur d’avance grâce à son système quatre roues motrice doit innover car la Lancia HF a désormais elle aussi son système quatre roues motrices baptisé intégrale et un moteur central.

Par ailleurs, les pilotes ont du mal à s’habituer à l’Audi A2, trop longue, trop lourde et peu agile dans les épingles, et la mécanique connait de surcroît quelques problèmes.

Pour pallier tous ces travers, les ingénieurs se remettent à la tâche. Le moteur reste en position avant mais l’empattement est réduit et perd 32 cm. La carrosserie est en partie en kevlar, la culasse adopte deux arbres à cames et quatre soupapes par cylindre. Le gros turbo KKK K27 souffle 1,05 bars. Une boîte à 6 rapports fait son apparition. Prête à concourir dans le groupe B, la nouvelle Audi devient la Sport quattro. Ce monstre est produit à 214 exemplaires pour répondre au réglement, et développe 420 chevaux dans sa version rallye. La Sport quattro fait une entrée fracassante au rallye de Corse en 1984. Entre les mains de Stig Blomqvist, Audi remporte le titre des constructeurs. En 1985, Michèle Mouton attaque la montée de Pikes Peak et remporte à son tour cette prestigieuse course américaine. Jusqu’en 1986, Walter Röhrl et Mikkola vont forger la légende Audi, ayant entre les mains une Sport quattro de plus de 476 chevaux dans un groupe B qui devient une véritable bataille de la super puissance. Pour couronner le tout, Audi participe à la fameuse course de Pikes Peak aux Etats-Unis. Walter Röhrl est aux commandes d’un engin poussé à 600 chevaux. La bestiale Sport quattro parvient à atteindre les 196 km/h sur une piste de 20 km de lacets. Grâce aux multiples victoires de l’Ur quattro et de la Sport quattro, Audi a écrit dans les années 80 une page glorieuse de l’histoire automobile et a permis à la marque de se faire connaître, tout en gagnant une réputation enviable dans le premium. Au total, Audi fabriquera pas moins de 11 452 Ur quattro jusqu’en 1991. Dont une bien particulière : celle de Bernard Peuplier.

La fascination pour moteur

Fasciné par l’Audi quattro, Bernard Peuplier n’avait qu’une idée en tête : posséder cette voiture qu’il a vu briller dans les rallyes, enchaînant courbes, virages, lacets sans difficulté dans les spéciales des rallyes du championnat du monde. On peut dire que Bernard est tombé tout petit dans la marmite du sport automobile. Il suivait déjà des courses mythiques comme le Monte-Carlo ou la Coupe des Alpes dans les années 70. Après le service militaire, il décide de se lancer lui aussi dans la course en tant que coéquipier sur une berlinette Alpine en 1977. Puis il se met derrière le volant d’une Innocenti 1300 pour disputer le rallye du Var. Fort de cette expérience, et enivré par les sensations nouvelles qu’il ressent derrière le volant, il participe au rallye du San Remo et se classe dans les 80 premiers. Le virus de la course était donc bien inoculé chez Bernard qui poursuit dans les années 80 son aventure en participant au Monte-Carlo et au rallye d’Antibes.

Admirez le soin apporté à chaque détail, y compris sur tout ce qui ne se voit pas, des trains roulants au réservoir de type « compétition » ! Du grand art !

Pour être plus performant, il achète une Golf série 2 de 1800 cm³ 16V. Les courses s’enchaînent et il participe au championnat italien sur terre. En 1992, à l’occasion du rallye de l’Acropole, il rencontre Michelle Mouton qui court sur une Ur quattro. C’est le déclic, l’auto le fascine et il se lance un défi de taille : construire une Audi quattro semblable. Il passe en revue les différents magazines évoquant cette auto déjà mythique, puis achète alors une Audi quattro qui avait participé au Tour de France de 1984. Bernard ne conserve que la caisse et l’arceau et décide de remonter l’auto pour en faire une monstrueuse groupe B.

La tâche s’annonce ardue, car il faut trouver les pièces adéquates. Il lui faudra huit ans pour monter entièrement cette Audi. Au fil des années, Bernard achète des lots de pièces, qui sont bien sûr toutes spécifiques. Les jantes, la calandre et le turbo viennent de chez ROC (Racing Organisation Course), les trains roulants provenant de Belgique. Petit à petit, son Audi se transforme, prend des fortifiants et en 2000, elle est enfin achevée. Il reste cependant un « petit » problème à régler : celui de l’injection. Pour mettre en route l’auto, il fallait suivre une procédure d’une page. Un casse-tête qui n’avait pas encore trouvé sa solution. Impressionné par le résultat entrepris par Bernard, Walter Röhrl propose de lui greffer une injection électronique. Comme par magie, les problèmes de démarrage s’envolent, l’auto tourne correctement ! Sous le capot, le 5 cylindres 2,3 litres développe 330 chevaux. Grâce à un bouton, la puissance passe temporairement à 350 chevaux, bien épaulé par le souffle d’un énorme turbo KKK 27. Et pour gagner en souplesse, sa quattro reçoit une boîte à 6 rapports provenant de la S1 quattro. Après en avoir profité pendant de nombreuses belles années, cette incroyable Audi quattro est désormais proposée à la vente avec un sacré bonus : les dédicaces de grands pilotes à l’intérieur de la porte passager !

Sensations au sommet !

L’Audi Coupé quattro de Bernard Peuplier a participé à certaines ouvertures de rallye dans le sud de la France. C’est toujours un plaisir – et un sacré honneur – de se mettre derrière le volant de cet engin qui demande un certain doigté. Et même une certaine sensibilité du pied gauche qui vient lécher la pédale de frein, alors que l’autre pied reste au contraire sur l’accélérateur. Une méthode de pilotage bien particulière, mise au point notamment par Michèle Mouton, qui permet de garder le régime moteur optimal pour ne pas perdre, dans les virages, le couple qui a tendance à diminuer à bas régime. Entre 3500 et 7000 tours, le gros turbo propulse rageusement l’auto dans un bruit d’enfer. C’est un vrai coup de fouet qu’il faut gérer lors des phases de freinage, car les gros freins demandent beaucoup de force, au point de devoir « taper » la pédale. Mais le plus impressionnant, même 40 ans après, c’est la tenue de route. L’auto est collée à l’asphalte et la motricité est très peu prise en défaut. Des valeurs incroyables que l’on retrouve aussi dans des autos de courses plus contemporaines, preuve, s’il en fallait, que cette Audi quattro Groupe B dispose toujours de performances au goût du jour….

Caractéristiques techniques

  • Moteur 5 cylindres en ligne, 10v, 2144 cm3
  • Alimentation à injection, suralimentée par turbo compresseur KKK
  • Puissance maxi (ch à tr/mn) 330 à 6000 (selon pression du turbo)
  • Couple maxi (Nm) 400 environ
  • Transmission intégrale, boîte mécanique renforcée à 6 rapports, en magnésium
  • Suspension AV jambes de force avec ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques.
  • Suspension AR jambes de force avec ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques.
  • Freins 4 disques (ventilés à l’avant), répartiteur de freinage.
  • Dimensions (L x l x h) en m 4,40 x 1,72 x 1,34
  • Empattement (en m) 2,52
  • Poids 1100 kg environ
  • Vitesse maxi (km/h) 220 environ (selon rapport de pont)
  • 0 à 100 km/h 5 sec

Merci à Bernard Peuplier du Roc Racing Historic (01 39 53 27 10, www.roc-racing-historic.fr) pour la mise à disposition de sa superbe Audi quattro Groupe B qui est à vendre (contact au adv@garagegiaco.fr)

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