R8 Green Hell, L’enfer, c’est le paradis !

Avec un hommage appuyé au Nürburgring, l’exclusif modèle Green Hell – littéralement « l’enfer vert » – annonce la fin prochaine des R8 atmosphériques. Un hommage à 50 exemplaires seulement pour la plus sportive des Audi dont la future mouture passera à l’électrique. En attendant, nous avons osé plonger en « enfer »… et cela a été le paradis !

Par Jimmy Melony, photos DR

En bref

R8 « Green Hell »
Moteur V10 5,2 litres atmosphérique
Puissance 620 ch 580 Nm
Perf : 0 à 100km/h en 3,1 sec 331km/h
Prix 233 949 € (tarif allemand)

Est-ce un règne qui s’achève ? Visiblement, car lorsque Audi lance une édition limitée, c’est en règle générale une histoire qui se termine pour le modèle en question. C’est hélas le cas pour la R8, la première supercar Audi lancée sous le règne de Piëch. La sortie de cette ultime version Green Hell, limitée à seulement 50 exemplaires pour le monde, en est la preuve. Cette R8 atmosphérique – où plutôt stratosphérique – est la descendante d’une lignée de sportives prestigieuses qui laissera sa place à une R8 de troisième génération totalement inédite, dont on ne sait pas encore grand-chose sinon qu’elle devrait être 100% électrique. C’est donc un baroud d’honneur, comme un dernier hommage adressé à ses aïeules, dont la première mouture a été présentée au Mondial de l’automobile de Paris en 2006.

 

Digne héritière de sa grande sœur la R8 de course victorieuse aux 24H du Mans, la supercar Audi est produite en Allemagne sur une chaine spécifique, plus exactement à Neckarsulm une ville de Bade-Wurtemberg qui fut jadis le siège de NSU, depuis réservé aux modèles Audi Sport (ex-quattro GmbH). Au sein de l’usine, la fabrication est presque artisanale. La qualité de chaque pièce est vérifiée une par une. Il faut dire qu’à l’époque, seulement 20 voitures sortaient des chaînes de montage. Cependant le succès a été fulgurant et quatre ans après sa sortie, il a fallu augmenter la cadence. Face à cet engouement, Audi ne s’est pas privé pour décliner son bolide en différentes versions. Sous le capot, le V8 Audi d’origine chipé à la RS4 du moment laisse sa place, en 2009, à un V10 de 550 chevaux, issu cette fois de la Lamborghini Gallardo LP-560. L’année suivante, une version coursifiée voit le jour, la R8 LMS (Le Mans Serie) et en 2010, c’est la déclinaison Spyder qui trône dans les concessions de la marque.

En vert et contre tout

Si la R8 ne connaît pas autant de déclinaisons que la 911 de Porsche, il n’est pas question pour autant de parler d’immobilisme. La seconde génération de R8 voit arriver une étonnante RWS, limitée à deux roues motrices pour plus d’authenticité, et bien sûr toujours doté du V10 Lamborghini. Il culmine dans cette version à 540 chevaux et la sauvage RWS se voit produite à seulement 999 exemplaires. Spécialiste des petites séries qui suscitent l’appétit des amateurs de rareté, Audi célèbre en 2019 les 10 ans du moteur V10 dans la R8 en lançant la très confidentielle « Decenium ». C’est précisément en reprenant ce concept de série limitée qu’Audi met un terme aux R8 thermiques avec cette dernière génération « Green Hell », baptisée ainsi pour rendre hommage aux victoires de la version de course aux 24H du Nürburgring.

 

Pour la distinguer de ses sœurs, cette R8 Green Hell est habillée d’une robe vert foncé spécifique, un clin d’œil à la forêt dense traversée par le mythique circuit allemand, suivi de la dénomination « Hell ». Car l’impitoyable Nürburgring est qualifié d’enfer, un « enfer vert » en l’occurrence, que les pilotes professionnels ont surnommé en vertu de son tracé exigeant. La supercar se distingue également par l’adoption d’éléments en aluminium noir mat pour le toit, les montants du pare-brise le capot et la partie arrière. Sur chaque aile avant, le rappel de la motorisation est également inscrit en noir mat. Quant aux prises d’air latérales, le logo « Green Hell R8 » apparaissant en noir brillant ne laissera aucun doute sur les spécificités de l’auto. Les diffuseurs d’air à l’arrière et à l’avant laissent passer l’air dans les passages de roues pour un meilleur refroidissement. Les roues de 20 pouces, en orangé et noir, apportent une touche sportive supplémentaire qui relève le teint vert de l’auto. Outre ce vert très exclusif, Audi propose curieusement trois autres couleurs : le blanc Ibis, le Gris Daytona et le noir Mythos. Curieux pour une auto dont le nom met l’accent sur une couleur bien précise !

Un V10 « atmos-féérique » !

A l’intérieur, le cuir et l’Alcantara se disputent chaque centimètre carré pour recouvrir les superbes sièges baquets. Les surpiqûres couleur émeraude, là encore exclusives, rehaussent le ton. Face au pilote, le volant multifonction habillé d’Alcantara se pare d’un anneau rouge vif, situé à midi, pour aider à se repérer. L’ambiance « racing » est complétée par les logos Green Hell qui rappellent ce pourquoi la voiture est faite. La qualité de fabrication et d’assemblage, irréprochables, n’est plus à mettre en avant. Il va sans dire que l’habitacle, même typé course, est confortable et agréable, la polyvalence ayant toujours été un point fort de ce modèle.

Dans l’habitacle, tout comme sous le capot vitré, la qualité et le sérieux sont de mise. Le V10 5,2 litres FSI atmosphérique, toujours d’origine Lamborghini (mais revu par Audi pour plus de souplesse), développe quelques 620 chevaux et affiche 580 Nm de couple. Pas un de plus que sur la version R8 Performance, ce qui est quelque peu dommage sur une version qui se veut aussi typée sport. Surtout que la concurrence directe fait depuis bien mieux (Ferrari, McLaren…), en explosant carrément le seuil des 700 ch ! Fort heureusement, la R8 compense grâce à sa structure légère composée majoritairement d’aluminium, et il faut avouer que ce V10 magique n’a rien perdu de sa fougue, même si, à cause des dernières normes antipollution, il se fait un peu moins démonstratif à l’échappement. Mais tout est relatif ! Et question facilité de prise en main, malgré sa puissance plus que confortable, la R8 se laisse facilement apprivoiser. Car comme d’habitude chez Audi, la puissance passe aux quatre roues (transmission quattro), gage d’efficacité, une boîte robotisée à double embrayage S tronic à sept rapports se chargeant de passer à la volée les vitesses, en mode automatique ou manuellement, à l’aide de palettes. A noter qu’un différentiel à verrouillage mécanique fixé sur l’essieu arrière apporte un certain dynamisme à l’auto dans les virages, ce qui ne gâte rien.

Souveraine dans les grandes courbes abordées à pleine vitesse, la R8 vire à plat et offre à chaque remise de gaz des « mises en orbite » saisissantes. Fulgurantes même ! Il faut seulement 3,1 secondes pour atteindre les 100km/h, sans parler de la vitesse vertigineuse de 331 km/h en pointe. Des chiffres certes très élevés, mais que l’on pourrait qualifier de « normaux » pour un tel engin évoluant dans cette catégorie. La technologie progressant tellement vite, on n’est plus au niveau des dernières références du marché, mais à vivre, en vrai, cela reste une expérience inoubliable ! Au volant d’un tel missile, difficile de retenir son émotion… et de ne pas laisser son pied droit succomber aux lois de la gravité !

Lorsque l’on dispose d’un terrain de jeu fabuleux comme les routes sinueuses de l’arrière-pays provençal, cette R8 montre une stabilité impressionnante. Son grip latéral est toujours à la hauteur du rugissement des vocalises du V10, même si cela se fait au détriment de la longévité des pneus. A la sortie d’une épingle, les remises en vitesse mettent avec certitude la profusion de puissance disponible, paraissant inépuisable jusqu’à près de 9000 tr/min ! C’est le cocktail idéal que l’on ne voudrait jamais cesser de vivre, seul ou avec son passager. Clairement, cette R8 ne vous impose pas véritablement de vivre l’enfer à son bord, bien au contraire, du moins tant que l’on ne croise pas la maréchaussée. En tout cas, avec cette supercar dépourvue de toute « respiration artificielle », dernière de son espèce, les puristes pourront se targuer d’avoir entre les mains l’ultime version atmosphérique de la R8. Assurément la plus désirable !

L’avis d’Avus

Cette ultime R8 ne révolutionne pas le plaisir intense que l’on peut déjà ressentir au volant de la version V10 Performance « normale », et c’est bien dommage. On aurait clairement aimé bénéficier d’une déclinaison encore plus puissante, radicale et affûtée. Mais cette Green Hell a quelques atouts à mettre en avant. Les collectionneurs apprécieront, non pas les performances de l’auto – quoique de très haut niveau – mais plutôt son aspect « série limitée » qui fera, d’ici quelques années, grimper sa cote. Car des autos comme ça, on n’en verra hélas plus jamais ! D’après nous, ce qui peut être perçu comme l’enfer, c’est clairement la fin programmée d’un monde exaltant : celui du moteur thermique. Les plus nostalgiques se consoleront en admirant dans leur garage cette auto d’exception, car l’électrification annonce un électrochoc de taille, la future R8 devant être branchée. Cette R8 Green Hell propose bien le chant du cygne, certes mélodieux, mais éphémère…

On aime 

Look hors du commun
Qualité des matériaux
Performances de haut niveau
Maniabilité – polyvalence
Futur collector !

On aime moins 

Puissance inchangée
Consommation
Tarif hors du commun
Malus prohibitif !

Caractéristiques techniques : Audi R8 V10 Green Hell 

Moteur : 10 cylindres en V, 5204 cm3
Puissance (ch à tr/mn).: 620 à 8000
Couple : 450 à 1340 à 5350
Transmission : intégrale, quattro
Boîte : BVA 7 S-tronic
Freins : 4 disques ventilés
Pneumatiques : 245/30 ZR 20 (AV) – 305/30 ZR 20 (AR)
L x l x h.(m) : 4,42 x 1,94 x 1,23
Réservoir (litres) : 75
Poids à vide (kg) : à partir de 1595
Conso mixte (l/100 km) : 13,1
Rejet de CO2 (g/km) : 297
0 à 100 km/h (sec) : 3,1
Vitesse maxi (km/h) : 331

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