Audi R8 XGT, Germinator !
Prenez les compétences de deux constructeurs allemands, avec Audi d’un côté, papa de la fabuleuse R8, et Abt de l’autre, spécialiste de longue date dans l’optimisation des modèles sportifs aux Anneaux. Mélangez, secouez le tout, et voici la méchante R8 XGT. Attention Germinator arrive !
Texte et photos Thomas Riaud
En bref
Modèle de course GT2 LMS homologué route basé sur la R8 V10
Modifications réalisées par Abt Sportlines
Limitée à 50 exemplaires pour le monde
Moteur V10 5.2 de 640 ch, 310 km/h
Prix : 599 200 €

Ceci ressemble à une R8 mais elle n’en est plus tout à fait une… Logique tant les modifications sont ici nombreuses. Vous avez devant les yeux la très confidentielle XGT, concoctée avec amour par Abt. Pour mémoire, Abt est un peu l’équivalent de Brabus chez Mercedes, ou de Ruf pour Porsche. En France, on parlerait vulgairement de « tuners » (ou de préparateurs), mais sachez qu’en Allemagne – pays où l’on aime encore passionnément l’automobile – il sont considérés comme de véritables constructeurs. Un statut qui leur permet de revisiter sérieusement certaines voitures « grand public » et de les homologuer pour un usage routier tout à fait légal. Et dans la famille Abt (oui, c’est un nom propre et pas un obscur sigle !), on aime modifier plus ou moins profondément les voitures du groupe Volkswagen, et surtout les Audi, depuis près d’un demi-siècle. Et on est loin d’un simple bricolage artisanal réalisé au fond d’un garage ! Pour bien situer les choses, Abt a une solide expérience en compétition, au point d’avoir déjà glané pas moins de 10 titres en DTM (notamment avec Audi), l’équivalent du Super Tourisme, et signé plus de 250 podiums. Et la devise qui les anime, « du circuit à la route », reste une constante et n’a jamais été autant d’actualité. Forcément, la fabuleuse R8, véritable joyau mécanique d’Audi, ne pouvait déroger à cette règle.

› Si la R8 conçue par Audi est une GT facile et très polyvalente, parfaitement adaptée à un usage routier quotidien, la XGT signée Abt est l’exact contraire !
L’idée, géniale mais assez saugrenue, était de rendre homologable pour la route la version GT2 LMS habituellement réservée exclusivement aux circuits. Pour y parvenir, on aurait pu penser qu’Abt partirait d’une R8 GT2 LMS et se contenterait de l’assagir un peu, en montant notamment un échappement moins libéré pour respecter les normes et éviter de se mettre à dos son proche voisinage. Perdu ! Visiblement, chez Abt, on aime la difficulté, puisque contre toute attente la base retenue fut celle d’une R8 V10… Spyder, renforcée au niveau du châssis. Pire, je pensais naïvement qu’Abt conserverait la carrosserie en aluminium du modèle originel. Là encore, il n’en est rien, puisque l’intégralité de la carrosserie, profondément modifiée, est en carbone. En fait, du modèle de série ne subsistent plus que le pare-brise, les feux… et naturellement le V10 5.2 FSI, poussé ici à 640 ch. Pour concevoir cette « super R8 », près de 2 ans de travail ont été nécessaires, avec à la clé une validation par les pilotes maison sur les circuits les plus exigeants comme la Nordschleife du redouté Nürburgring ou encore sur le « ring » de Hockenheim. Belles références !

Super R8 !
Impossible de confondre cette XGT avec une R8 « normale », même si on la gare aux côtés de l’ultime version GT, pourtant pas vraiment réputée pour sa sobriété stylistique avec ses nombreux appendices aérodynamiques inédits. Non, la XGT est intimidante, même à l’arrêt. Cette dernière a été revue intégralement et se distingue par ses voies sensiblement élargies accueillant des Pirelli semi-slick Trofeo R (de 305/30 ZR 19 à l’avant et 315/30 ZR 20 à l’arrière), montés sur des jantes forgées spécifiques. Autant dire qu’il ne faudra pas se louper en faisant un créneau le long d’un trottoir ! Surtout que la bête est basse, terriblement basse, et qu’une fine lame en carbone ceinture les bas de caisse. D’ailleurs, du carbone il y en a absolument partout, au point d’avoir rabaissé le poids total à seulement 1400 kg, soit 170 kg de moins que sur une R8 GT ! Un exploit rendu possible par l’utilisation massive de matériaux légers, mais aussi par un dépouillement de l’intérieur et la suppression de l’arbre de transmission, cette R8 étant devenue une stricte propulsion.

› A l’origine, Abt prévoyait de construire 99 XGT, mais faute de châssis suffisants livrés par Audi, finalement seuls 50 exemplaires seront produits, ce qui renforce la rareté de ce modèle.
Vous aurez remarqué au passage la présence d’ailes avant vraiment retravaillées dans le détail, comportant des ailettes à leur sommet, ainsi qu’un capot avant sérieusement ajouré, permettant à deux gros radiateurs d’huile supplémentaires d’évacuer les calories. En clair, une fois que l’on a ôté le capot amovible, il est inutile de chercher le moindre coffre ou espace de rangement. Voyager léger est ici une stricte nécessité ! Et puis – ça se voit comme le nez au milieu de la figure – comment louper l’énorme prise d’air juchée sur le toit, servant à canaliser de l’air frais vers le moteur ? L’arrière est tout aussi spectaculaire, avec un large extracteur d’air logé dans la partie basse, tandis que la partie haute se voit surmontée par un immense aileron fixe (mais réglable), qui pourrait presque servir d’étagère dans une bibliothèque !

L’heure n’est pourtant pas à la littérature. Il est enfin temps pour moi de me glisser aux commandes de ce monstre de l’asphalte. Enfin, plus facile à écrire qu’à faire, car il me faut faire preuve d’une souplesse de singe pour enjamber l’arceau de sécurité qui me barre la route, puis me caser sous le volant, tout en glissant mon postérieur dans le siège baquet monobloc fixe (seul le pédalier est réglable). Le tout sans rien casser bien évidemment et en essayant de conserver une certaine grâce et dignité ! Heureusement Patrick, mon hôte, me donne un sérieux coup de main en retirant tout simplement, comme sur de nombreuses voitures de course… le volant ! Un volant par ailleurs très spécifique, digne d’une F1. De forme rectangulaire et habillé d’alcantara pour une parfaite prise en main, celui-ci siglé « Abt » comporte de nombreuses commandes, dont le démarrage du moteur.

› L’intérieur, ultra dépouillé, est digne d’une voiture de course, sans concession. Normal, la XGT est un modèle de compétition !
La console centrale se trouve également constellée de boutons inédits, avec notamment la mise sous tension de la voiture, la marche arrière ou le frein de parking électrique. Enfin, un écran numérique multifonctions vient en complément, pour afficher le rapport engagé, la vitesse, la température des fluides et, fin du fin, une vue arrière périphérique lorsque l’on recule, une caméra étant présente. Sage décision, car une fois installé et plaqué au fond du baquet au moyen d’un harnais 6 points on ne voit… rien. Rien vers l’arrière – excepté ce que l’on peut entrevoir dans les rétroviseurs – et pas grand-chose non plus sur les côtés à travers les vitres en plexiglas tant on est assis au ras du sol de façon très reculée, signe que ce bolide est fait pour une seule chose : foncer et aller de l’avant !

Quand « moins » égal « plus »
Contact. Les pompes à carburant s’activent puis se tuent. C’est le calme avant la tempête. J’appuie enfin sur le bouton « start », et le V10… explose ! Même si Abt a fait en sorte de rester dans les clous imposés par les normes en vigueur, on sent bien « à l’oreille » que le double échappement est libéré (88 db au ralenti tout de même !). Abt a pris soin de conserver la boîte S-tronic à 7 rapports, avec des palets solidaires du volant pour engager manuellement le rapport souhaité. Un peu fébrile, presque intimidé, je m’élance avec prudence. Sage précaution, car en cette matinée de décembre dans les environs de Stuttgart les températures sont négatives, et la DDE locale a déversé des tonnes de saumure au sol, rendant particulièrement glissante la chaussée. L’habitacle, privé d’insonorisant, me laisse percevoir des sons normalement imperceptibles sur une R8 « normale », comme les graviers ramassés par les larges pneus qui viennent taper dans les passages de roue.

Je suis aussi surpris par le manque relatif de douceur et de progressivité dont fait habituellement preuve la transmission S-tronic à 7 rapports. Celle-ci, manifestement recalibrée pour l’occasion, n’aime pas évoluer en première sur un filet de gaz, en manifestant son mécontentement en hoquetant, et m’impose d’être plus généreux sur la pédale de droite pour lisser ses réactions. Elle est marrante cette boite ! Si je roule encore sagement au pas, c’est parce que j’ai de bonnes raisons : je suis sur un parking, à slalomer entre des nids de poule avant de m’engager sur une voie rapide située à proximité. Un exercice réalisé forcément au pas, qui met en évidence deux ou trois choses : cette XGT, à l’amortissement hyper ferme, aime modérément cet exercice, et si la direction apparaît comme très directe et précise, elle se trouve de surcroît pénalisée par un rayon de braquage exécrable, compliquant chaque manœuvre.

En m’engageant sur le billard de la voie d’accélération débouchant sur l’axe rapide, je peux enfin commencer à lâcher les chevaux. Mais rien ne se passera comme je l’espérais ! Il y a tout de même encore pas mal de trafic en cette matinée, et la saumure déversée sur les routes transforme le bitume en patinoire. Un phénomène qui passe inaperçu pour les voitures classiques, équipées de pneus adaptés, mais pas du tout sur cette pure propulsion dotée de semi-slicks qui tente de faire passer les 550 Nm de couple sur ses seules roues arrière. Un phénomène qui engendre des déhanchements du popotin à chaque remise de gaz, et ce, malgré la présence d’un ESP. Corolaire direct, faute de pouvoir prendre assez de vitesse dans des conditions de sécurité satisfaisantes, les pneus ne montent pas à la température souhaitée, et tant qu’ils restent froids, « ouvrir » à fond en appuyant franco sur l’accélérateur reste suicidaire, surtout sur une route ouverte. Seule solution, rouler « au couple » en prenant soin de passer la vitesse supérieure dès que possible, pour ne pas partir en sucette. Frustrant !

› La XGT est autant enthousiasmante à piloter sur un circuit, que pénible à conduire sur une route ouverte. A ce titre, il faut la voir que comme un formidable jouet pour « track days », et certainement pas comme une GT adaptée au quotidien.
Et pour ne rien arranger, il en va de même du freinage acier, lui aussi très « typé compétition ». Comprenez par-là qu’effleurer progressivement la pédale des freins est ici inutile. Il faut « taper » dans les freins comme un bûcheron pour que l’auto ralentisse vraiment. Honnêtement, j’aurais aimé vous dire que j’ai exploité à fond mon engin et pris un pied énorme au volant de cette XGT ultra-radicale, qui ferait passer à côté une Porsche GT3 RS pour un pullman. Mais ce serait mentir. Parce que ce bolide est raté ? Certainement pas ! Juste parce que c’est une authentique voiture de course, exigeante et sans compromis, et qu’en cette froide journée d’hiver, les planètes n’étaient pas alignées pour en tirer la substantifique moelle. Pour l’exploiter pleinement, il aurait fallu aller à minima sur un circuit large et rapide… et sec de préférence ! Une autre fois j’espère…

L’avis d’Avus
Autant la R8 concoctée par Audi est un monstre de polyvalence, une GT « tout temps » facile à prendre en main, et même à exploiter lorsque celle-ci est dotée de la transmission intégrale quattro, autant cette XGT signée Abt est une voiture de course pur jus, sans compromis, qui peine à procurer du plaisir dans la circulation quotidienne. Et je ne parle même pas de son inconfort assumé et de l’absence totale d’aspects pratiques, étant donné qu’il n’y a aucun coffre et que les vitres latérales en plexi sont fixes (mieux vaut prévoir un badge télépéage pour circuler sur nos autoroutes !). Ce côté extrême et radical ne saura séduire que les fondus de performances adeptes des « track days », qui ont déjà une belle collection de voitures sportives. Car bien qu’homologuée pour la route, la R8 XGT reste d’abord un fantastique engin conçu pour donner le meilleur de lui-même sur un circuit. Un « petit plaisir » facturé 599 200 € minimum…

On aime :
• Look et V10 fabuleux
• Vraie voiture de course
• Efficacité – légèreté
• Exclusivité totale
On aime moins :
• Aucune polyvalence !
• Confort inexistant
• Usage routier compliqué
• Prix élevé
Fiche technique Audi R8 Abt XGT :
Moteur : 10 cylindres en V, 40 soupapes, longitudinal central arrière
Cylindrée (cm3) : 5200
Puissance (ch à tr/mn) : 640 à 8000
Couple (Nm) : 550
Transmission : bva 7 S-tronic, aux roues arrière
Dimensions (L x l x h en m) : nc
Poids (kg) : 1400
Accélération (0 à 100 km/h en sec) : 3,4
Accélération (0 à 200 km/h en sec) : 9,1
Vitesse maxi (km/h) : 310
« Autant l’Audi R8 est un monstre de polyvalence, une GT « tout temps » facile à prendre en main, et même à exploiter lorsque celle-ci est dotée de la transmission intégrale Quattro, autant cette XGT signée Abt est une voiture de course pur jus, sans compromis »
Mille mercis à Donovan de « L.V Motors & Legends » (06 32 34 97 69) spécialiste en autos d’exception et distributeur Abt pour son aide, mais aussi à Patrick de « Passion 4 Speed » pour sa confiance et à François pour son organisation.

