Zone rouge

Audi SQ5, Le Q5 confisqué par Bercy !

Sur le papier, le nouveau Q5, en version sportive « S », a tout bon. Une ligne avantageuse, une finition valorisante et surtout un noble et performant V6 3.0 de 367 ch. C’est trop pour Bercy, qui y voit là un SUV néfaste pour la planète à punir à coup de malus maximal. Audi France, pragmatique, ne le proposera donc pas chez nous…

Texte et photos Thomas Riaud

En bref
Troisième génération de Q5
Version sportive « SQ5 »
Moteur V6 3.0 TFSI de 367 ch
Prix (hors options et malus) : 98 930 €

En l’espace de moins de 10 ans, le paysage automobile français a été totalement bouleversé. D’un côté, il y a les constructeurs qui, soucieux de s’octroyer des marges plus confortables, ont profité de « l’effet Covid » et des pénuries de semi-conducteurs pour gonfler leurs prix, la demande étant supérieure à l’offre. Et puis on peut ajouter Bruxelles qui, dans sa folie d’une surenchère de normes sécuritaires et environnementales, a conduit ces mêmes constructeurs à équiper obligatoirement leurs derniers modèles de dispositifs fort onéreux (et pas toujours agréables à l’usage), facturés bien sûr en bout de chaîne au consommateur. Un surcoût proche des 3000 € par voiture, rien que pour ces « aides à la conduite ». Enfin la France, jamais à court d’idées fiscales dont elle seule a le secret, est venue en rajouter une bonne couche en affublant l’essentiel des voitures thermiques d’un malus CO2 (pouvant atteindre la bagatelle de… 70 000 € en 2025, et même 80 000 € en 2026 !), mais aussi, comme si cela ne suffisait pas, d’un malus « au poids » qui, lui aussi, fait très mal.

Audi SQ5

› Ni trop gros, ni trop petit, le Q5 met le curseur là où il faut et a largement trouvé son public en France et dans le monde. Charge à cette 3ème génération de confirmer ce succès.

Résultat des courses bien prévisible : avec une augmentation délirante de 34% en à peine 5 ans du prix des voitures neuves, partout les ventes s’effondrent, les français préférant se serrer la ceinture et garder plus longtemps leur « vieille bagnole ». Ainsi, la moyenne d’âge de notre parc approche désormais les 12 ans en moyenne, ce qui va à l’encontre du « verdissement » tant espéré par nos « élites ». Pire, même les responsables de flottes d’entreprises hésitent désormais à sortir leur chéquier pour renouveler leur parc, si bien que ces voitures neuves non achetées aujourd’hui ne seront jamais les occasions de demain. En suivant cette trajectoire mortifère pour l’industrie automobile, le parc automobile français va, dans les années à venir, ressembler à celui de Cuba si aucun politique ne décide de changer radicalement de logiciel. Dans ce contexte où le dogmatisme écologique a pris le pas sur le bon sens le plus élémentaire, Audi commercialise son Q5 de troisième génération. Un modèle synonyme de gros volumes, à l’importance vitale, mais dont la gamme va se déployer prudemment chez nous, avec quelques manques regrettables.

Audi SQ5

Large spectre

Pour séduire la plus large clientèle possible, Audi déploie une gamme bien ciblée pour le marché français. Si un bon vieux 2.0 TDI de 204 ch (avec hybridation 48V) est maintenu pour séduire les gros rouleurs (ainsi qu’un 2.0 TFSI de même puissance), sachez que l’essentiel des ventes se fera avec les désormais incontournables variantes hybrides rechargeables (PHEV), délivrant au choix 299 ou 367 ch. Certes, avec leur grosse batterie offrant une grande autonomie (plus de 100 km !) elles sont nécessairement lourdes (et donc soumises au malus au poids), mais grâce à des rejets de CO2 limités (selon l’actuel cycle WLTP), celles-ci échappent au malus écolo qui fait bien plus mal. Un malus qui condamne d’ores et déjà, sur notre marché, la version SQ5 qui nous intéresse ici (rejets de 185 à 194 g/km).

Audi SQ5

› Le client n’aura pas à attendre pour choisir entre la version « break » et coupé Sportback, ces deux carrosseries étant d’entrée de jeu disponibles.

Historiquement, le SQ5 est le dérivé sportif du Q5, et avec la première génération, Audi avait réalisé un véritable hold-up en le proposant uniquement en TDI, un choix étonnant nous renvoyant à une belle époque pas si lointaine où le diesel était encore en odeur de sainteté. Aujourd’hui, cette mansuétude vis-à-vis du diesel est révolue, et si on peut se féliciter de voir ces motorisations disparaître du capot de petites citadines, elles sont encore – selon nous – encore pertinentes sur les grosses voitures. Mais pour cette troisième mouture de SQ5, Audi a décidé de repasser à l’essence, en glissant dans la salle des machines un noble V6 3.0 TFSI de 367 ch. Un choix que nous saluons sur le strict plan de la sportivité, mais qui n’est pas sans conséquence pour sa diffusion chez nous. Avec un malus 2025 maximum autant honteux que délirant fixé par Bercy à 70 000 €, Audi France a sagement préféré ne pas officiellement l’importer, à moins d’en faire la demande auprès de votre concessionnaire ! Autant dire que vous avez sous les yeux une véritable rareté.

Audi SQ5

› Pour combler les amateurs de sportivité, Audi a concocté cette savoureuse version SQ5, animée par un noble V6 3.0 TFSI de 367 ch. Une version qui est sans aucun doute la meilleure de la gamme, mais dont Bercy nous prive…

Déjà décliné en classique SUV « break » ou, comme ici, en très avantageusement déclinaison coupé Sportback – une carrosserie plébiscitée par la clientèle – ce SQ5 « new look » a pourtant de quoi faire saliver. Outre ses belles jantes larges Audi Sport de 21 pouces, ce SQ5 assume sans détour son penchant pour la sportivité en exhibant fièrement, comme jadis, 4 sorties d’échappement. Et nous en profitons ici pour saluer son évolution stylistique, avec un avant bien plus dynamique qu’avant avec ses phares effilés et son capot plongeant, tandis que l’arrière, souligné par un épaulement marqué au niveau des passages de roue, se plie lui aussi à la mode du fin bandeau à LED. Des optiques qui, à l’instar des derniers modèles, peuvent offrir plusieurs signatures lumineuses. L’intérieur a également opéré sa mue, en se convertissant au tout numérique, via une immense dalle incurvée. C’est propre, moderne et bourré de technologie, mais nous sommes quelque peu lassés de voir Audi dupliquer cette « scène numérique » sur l’ensemble de la gamme.

Audi SQ5

› L’intérieur a évolué de façon encore plus spectaculaire que le style extérieur. Sans surprise, on retrouve une grande dalle incurvée numérique, au graphisme clair et précis.

Cela se démodera fatalement un jour ou l’autre (rappelez-vous des instrumentations digitales des premières Ur quattro), et à force de voir un tel agencement sur toute la gamme, chaque modèle perd en personnalité. Et en cas de « bug », vous n’avez accès à presque plus aucune fonction. Au-delà de ces réserves, naviguer dans tous ces menus ne se fait pas toujours très intuitivement, même si Audi a fort heureusement conservé quelques bons vieux boutons en guise de raccourcis. Enfin, si la présentation est dans l’ensemble flatteuse, surtout dans cette version haut de gamme « S » gratifiée de badges et éléments distinctifs, la finition n’est pas aussi valorisante que sur les productions passées, notamment au niveau des parties basses. Au-delà de cette critique, saluons les aspects pratiques de ce SUV familial (4m72), qui grâce à son empattement généreux de 2m82 et sa banquette arrière coulissante, a un sens inné de l’accueil. Une remarque qui vaut aussi bien sûr pour cette déclinaison « coupé ».

Audi SQ5

SU… Vite !

Sur le pur plan technique, outre son moteur noble, ce Q5 aux mœurs sportives déploie des trésors d’ingéniosité pour se montrer le plus vertueux possible. Nouveau turbo à géométrie variable et micro-hybridation 48V sont ici de rigueur (offrant à elle seule 230 Nm et 18 kW de puissance), mais aussi une transmission quattro ultra, qui désaccouple dès que possible les roues arrière pour économiser un peu de carburant. On aurait préféré un bon vieux Torsen central, mais il faut savoir vivre avec son temps. Malgré cette simplification, ce SQ5 sait donner un vrai plaisir de conduite, et c’est ici l’essentiel. Le V6 séduit tant par sa rondeur que sa sonorité feutrée, pas trop étouffée par les filtres à particules intégrés. Et la boite S-tronic à 7 rapports ici imposée, toujours douce et réactive, s’accorde à merveille avec ce moteur très volontaire. Un sentiment que nous éprouvons aussi vis-à-vis de l’excellente suspension pneumatique mariant confort tout en verrouillant les mouvements de caisse dans les virages, mais à un détail près : elle est ici optionnelle (2050 €), ce qui fait un peu désordre sur un modèle haut de gamme flirtant avec les 100 000 €.

Audi SQ5

› Cette version de pointe SQ5 joue sur un look sportif mais discret, ses « signes extérieurs de vitesse » se limitant surtout à la présence de 4 généreuses sorties d’échappement.

C’est dommage, car celle-ci participe forcément à améliorer le comportement dans les parties sinueuses, chose à prendre en compte sur un beau bébé comme ce SQ5, annoncé à tout de même 2115 kg. Avec cette option que nous recommandons chaudement, notre SUV se joue avec maestria des virages, bien épaulé par une direction directe et précise (encore plus communicative en mode « dynamic »), et un freinage plein de mordant assuré roue par roue pour apporter davantage de mobilité et de plaisir. Avec un tel équipage, on se lâche dès qu’un bout de ligne droite se présente, chose que le SQ5 exécute bien volontiers, à la moindre flexion du pied droit (0 à 100 km/h en 4,5 sec !). Evidemment, en usant et abusant de ces belles dispositions, la consommation moyenne s’envole, bien au-delà des 8,6 l/100 km annoncés par le constructeur, en tendant plutôt vers les 15 l/100 km. Comme on dit, quand il y a des chevaux, il faut leur donner de l’avoine !

Audi SQ5

L’avis d’Avus

Vous hésitez entre une familiale, un coupé, un véhicule tout-chemin et une sportive ? Avec ce SQ5 Sportback, vous aurez un peu de tout à la fois ! On y voit là le signe d’une remarquable polyvalence, ce SQ5 pouvant être considéré comme une bonne GT « canif Suisse ». Un grand écart assez rare dans le monde automobile, qui aide à mieux accepter son prix rondelet avoisinant les 100 000 €. Pour un tel tarif, on aurait aimé que les options se fassent plus rares, et que l’indispensable suspension pneumatique soit livrée de série. Mais le plus regrettable – et là Audi France n’y est pour rien – est le coup de massue fiscal, de l’ordre de 70 000 € rien que pour le malus CO2, rendant de facto hors-jeu ce SQ5 sur notre marché. Une punition autant injuste qu’idiote qui sera plus facile à accepter sur une plus radicale et exclusive variante RS qui serait en approche, chose encore inédite sur le Q5. Mais chut, on ne vous a rien dit…

Audi SQ5

On aime :
• Ligne agréable
• Accord moteur – boite convaincant
• Qualités routières – performances
• Polyvalence générale

On aime moins :
• Trop d’options à ce niveau de prix
• Détails de finition
• Malus indigent et révoltant

Fiche technique Audi SQ5 (25 CV) :
Moteur : 6 cylindres en V à injection directe,
2994 cm3, réseau de bord 48V
Puissance (ch à tr/mn) : 367 à 5500
Couple (Nm à tr/mn) : 550 à 1700
Transmission : aux 4 roues (quattro),
boîte S-tronic à 7 rapports
Dimensions en m (L x l x h) : 4,72 x 1,90 x 1,63
Poids à vide (kg) : 2075
Réservoir (l) : 65
0 à 100 km/h (sec) : 4,5
Vitesse maxi (km/h) : 250
Conso mixte (l/100 km WLTP) : 8,6
Rejets CO2 (gr/km) : 185 à 194 selon dotation

« Sur route, le SQ5 séduit par son dynamisme et la rigueur de son comportement, le tout étant bien servi par un moteur très volontaire. Une réussite ! »

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