Ur quattro 20v 1990 : Du pur, du dur, du Ur !

Si les mordus d’histoire seront sans doute plus sensibles aux charmes de la toute première Ur quattro, la 10v plafonnant à 200 ch, de nombreux puristes, adeptes de sensations plus fortes, ne jurent au contraire que par l’ultime opus, fort de 20 soupapes et de 200 ch !

Par Jack Seller, photos Joseph Bonabaud

En bref

Ur quattro 20v de 1990
Moteur 5 cyl. 2.2 de 220 ch
0 à 100 km/h en 6,3 sec – 230 km/h
Cote 2022 : 70 000 € environ en parfait état

Plus il y en a, mieux c’est ! C’est comme chez votre boucher, lorsqu’il vous coupe généreusement une tranche de filet taillée un peu trop large, et qu’il vous demande, à propos du surplus, « ma p’tite Dame, je vous le mets quand même ? ». Quand c’est gentiment proposé… En automobile, il en va de même, en particulier depuis la fin de ces années 80, où la jeune marque Audi a fait une véritable « boucherie » en rallye avec sa surdouée, la révolutionnaire Ur quattro (« Ur » voulant dire « originelle »), nantie d’une transmission intégrale. Pour ses malheureuses rivales, ça a été saignant, l’Ur quattro ayant réalisé un véritable carnage en raflant à leur grand désespoir bien souvent la mise, surtout lorsque les conditions d’adhérence se dégradaient.

Des spéciales du Monte Carlo à la montée infernale de Pikes Peak, la quattro a bouffé tout cru tout le monde ! Mais la concurrence n’a pas tardé à réagir, en utilisant les mêmes armes. Mieux, en les peaufinant même, en rajoutant toujours plus de puissance… jusqu’à créer des drames, interdisant les Groupe B en 1986 ! Cette course à la puissance s’est aussi déplacée sur les modèles de série, la plus sérieuse rivale de notre quattro étant la Lancia Delta HF Integrale, plus moderne, compacte et légère. Pour entretenir la flamme – et satisfaire une clientèle prête à débourser le prix fort pour obtenir le meilleur – Audi Sport a donc sans cesse fait évoluer son enfant terrible. Un enfant devenu mature à travers son ultime variante, la sulfureuse « 20v », essayée ici…

Itinéraire d’une enfant surdouée

Sans cesse remise sur le métier, notre surdouée mécanique va profondément évoluer tout du long de sa belle carrière, étalée sur plus de 10 ans. Au début, en 1980, son design de bûcheron est encore résolument taillé à la serpe, les seules rondeurs se limitant finalement aux passages de roues bodybuildés et… aux roues ! Elle est néanmoins bien dans l’air du temps avec sa calandre verticale à 4 phares et ses quelques menues touches de chrome. Et même vraiment en avance d’un point de vue technologique, car outre sa transmission quattro, cette Audi d’un nouveau genre (type WR) embarque déjà le fabuleux 5 cylindres maison, un inédit 2.1 (2144 cm3) à 10 soupapes développant 200 ch tout rond (et 285 Nm). Croyez-moi, ce moteur à la sonorité unique étant capable de propulser l’auto à plus de 220 km/h, ça posait son homme ! A partir de 1987, un premier gros restylage voit la carrosserie gagner en modernisme, en adoptant de grands phares rectangulaires monoblocs, légèrement inclinés (type MB).

La recherche de douceur se fait aussi sur le plan mécanique. Sous le capot, le 5 cylindres 10v reste fidèle au poste, mais voit sa cylindrée réalésée à 2.2 litres, pour offrir davantage de souplesse dès les plus bas-régimes. Quant à l’intérieur, il adopte une nouvelle planche de bord recevant d’inédits compteurs digitaux à affichage vert, diffusant même des messages d’avertissement vocaux. Trop moderne l’Audi quattro ! Enfin, la transmission reçoit un différentiel central Torsen autobloquant à vis sans fin, plus efficace que le différentiel interpont à blocage manuel. Mais Audi a gardé le meilleur pour la fin, en remaniant une fois de plus sensiblement sa quattro, et ce, dès 1989.

Sur la forme, pas grand-chose à signaler. En revanche sous le capot… Grâce à l’adoption d’une nouvelle culasse à 20 soupapes (et deux arbres à cames en tête), elle devient la « 20v » (type RR), et si la cylindrée plafonne à 2.2 (2226 cm3), la puissance fait un bond sensible à 220 ch ! Avec cette fois 309 Nm de couple, les reprises progressent sensiblement au point de coller presque une bonne seconde à la pionnière sur l’exercice du 0 à 100 (autant dire un boulevard !), tandis que la vitesse de pointe atteint désormais les 230 km/h, plaçant cette ultime quattro dans le haut du panier parmi les grosses GT 4 places. Quant à l’intérieur, il fait toujours son petit effet en troquant ses compteurs digitaux à affichage vert contre un autre… mais à affichage orange cette fois ! C’est bien cette Ur quattro produite seulement jusqu’en 1991 à moins de 700 exemplaires, figurant parmi les plus rares et prisées, que nous vous présentons ici…

Grand blanc

Se retrouver en présence d’un exemplaire de plus de 30 ans d’âge dans un état aussi immaculé, proche du neuf, reste un plaisir rare. Les plastiques de la planche de bord ne sont pas craquelés, et les sièges enveloppants mixant du cuir sur les côtés et du tissu au centre (estampillés « quattro »), n’ont pas bougé d’un iota. Et tout fonctionne comme aux premiers jours, y compris les équipements électriques ou électroniques. Clairement, notre superbe exemplaire d’essai de 1990 affichant près de 185 000 km prouve bien que, la qualité Audi, ça n’a rien d’une légende ! La sonorité du « 5 pattes » maison non plus d’ailleurs, particulièrement rauque et envoûtante, le double échappement étant du genre généreux en décibels par rapport à une Audi moderne. Il est vrai qu’à l’époque, on ne s’encombrait pas de filtres à particules et autres cochonneries de ce genre ! Le feulement du 5 cylindres se fait naturellement plus présent au fur et à mesure que les diodes électroniques escaladent le compte-tours digital.

Ce plaisir est décuplé dans la mesure où cette quattro est parfaitement homogène et cohérente dans son ensemble. L’auto étant encore assez légère ça pousse de manière très convaincante (0 à 100 km/h en 6,3 sec), et tout paraît bien calibré, qu’il s’agisse de la direction, de l’étagement de la boîte manuelle à 5 rapports (également très bien guidée), ou encore le freinage. Même le freinage, assuré par 4 gros disques (ventilés à l’avant et à l’arrière), se montre à la hauteur des prétentions sportives de la bête. En clair, bien cravaché, cet Ur quattro 20v est capable de tenir de très hautes moyennes, et plus encore si la route se fait sinueuse. Pourtant, ici, il n’y a point d’ESP ou autre « béquille électronique ». D’ailleurs, en jetant brutalement la voiture sur un point de corde, elle s’écrase sur des suspensions un peu trop souples, ce qui a pour effet d’accentuer une tendance naturelle au sous-virage. Il faut donc « en garder un peu sous le pied », pour remettre gaiement les gaz en débraquant les roues, en sortie de virage. Et là, c’est le bonheur, en sentant une force invisible, mais bien présente, qui vous tire et vous pousse à la fois, vers le prochain point de corde. Jouissif !

L’avis d’Avus

Rares sont les autos à offrir 4 vraies places, un coffre digne de ce nom (avec une vraie roue de secours) et un tel tempérament ! Pour tout dire, même si la quattro 20v fait un peu « old school » par bien des aspects, elle étonne toujours autant par sa modernité, sa facilité de prise en main et son efficacité diabolique. Et côté niveau de performance, elle demeure bien assez véloce pour vous faire le zéro à moins six points en un bon coup de gaz ! Produite de façon éphémère jusqu’en 1991, notre vénérable Ur quattro 20v cohabitera quelques mois avec son successeur, le Coupé S2 dérivé de la plus moderne Audi 90. Et signe que le 5 cylindres 20 soupapes était vraiment exceptionnel, il sera reconduit sur ce nouveau coupé… en l’état, du moins en début de carrière. Il n’en demeure pas moins qu’en 10v ou en 20v, une Audi quattro demeure un youngtimer mythique, bien plus rare qu’une Porsche 911, puisque de 1980 à 1991 seul 11 452 exemplaires, tous modèles confondus, seront produits. La quattro est donc rare, et ce qui est rare est cher…

Mille mercis à Norbert Clément, du Roc Racing Historic (tel : 01 45 57 51), pour sa participation et la mise à disposition de sa sublime Audi quattro 20v afin de réaliser ce reportage !

 

On aime

Ligne très eighties !
Performances encore élevées
Comportement sûr
Qualité de fabrication
Mythique !

On aime moins

Pièces spécifiques introuvables
Peu de bons spécialistes en France
De moins en moins abordable
Cote en hausse constante

Caractéristiques techniques : Audi Coupé quattro 20v (1990)

Moteur : 5 cylindres en ligne, 20v, 2226 cm3, avec turbo
Alimentation : à injection, suralimentée par turbo compresseur
Puissance maxi (ch à tr/mn) : 220 à 5900
Couple maxi (Nm à tr/mn) : 309 à 1950
Transmission : intégrale quattro (Torsen)
Boîte : mécanique à 5 rapports (avec différentiel intégré à l’avant)
Freins : 4 disques (ventilés), répartiteur de freinage, ABS.
Pneumatiques : 215/50 R 15
L x l x h (m) : 4,40 x 1,72 x 1,32
Coffre (litres) : 335
Poids à vide (kg) : 1380 k
0 à 100 km/h (sec) : 6,3
Vitesse maxi (km/h) : 230

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