Audi SQ8 : Orange pressée !

Ne croyez pas que la teinte « orange Dragon » qui caractérise notre modèle d’essai ait pu orienter à ce point le titre de cet essai. Car avec un fougueux V8 TDI de 435 ch, qui plus est doté d’un compresseur électrique, l’inédit SQ8 a en effet tout d’une parfaite « orange pressée » !

Texte et photos Thomas Riaud

Le SQ8 est un mastodonte sachant se montrer étonnamment agile et précis sur route. Seul son gabarit doit inciter à la retenue !

En bref
Nouvelle version SQ8
Moteur V8 4.0 TDI de 435 ch
Performances : 0 à 100 km/h en 4,8 sec – 250 km/h
Prix : 115 100 € (à partir de, hors malus et options)

Conséquence directe de l’explosion des malus – pouvant atteindre désormais 30 000 € ! – Audi a de façon très pragmatique remplacé sur toute sa gamme sportive « S » ses classiques blocs essence, naturellement énergivores et donc générateurs de CO2, par de plus frugaux diesels. Ainsi sont nées les improbables S4, S5, S6, S7 et SQ5, toutes dotées du même V6 3.0 TDI de 347 ch, mais aussi les plus gros SQ7 et SQ8, équipés, eux, d’un formidable V8 TDI de 435 ch. Un moteur de dingue (poussé à 520 ch par le spécialiste Abt !), épaulé par un réseau de bord 48V (avec hybridation légère), qui alimente notamment un compresseur électrique (mis au point par le français Valeo) qui réinjecte de l’air dans les turbos, permettant de délivrer un max de puissance dès… 1250 tr/mn. Autant dire, presque dès le démarrage ! Voilà pour le contenu : reste à choisir le bon contenant !

Car après le gros SUV à 7 places Q7, c’est au tour de son cousin technique, le Q8, d’adopter ce moteur de feu et d’hériter, au passage, de la classification dans la famille « S ». Une simple lettre, qui veut pourtant dire beaucoup chez Audi ! Sur la forme aucun risque, malgré une taille XXL comparable (4m98), de confondre le Q8 avec le Q7. Car plutôt que d’endosser le rôle un peu ingrat de « bétaillère familiale », l’esthète Q8 préfère abattre la carte du SUV coupé musclé et racé qui fait fureur en ce moment. Mais attention : pas question ici de greffer sur un Q7 un bête toit « fast-back » pour en faire un Q8 ! Non, contrairement à ses rivaux directs (Mercedes GLE coupé et BMW X6), toute la carrosserie est ici inédite, et cela se voit ! Assez bas (1m69), très large (1m99 !), le Q8 séduit par sa carrure d’athlète qui lui est propre, avec une proue guerrière, composée d’un « masque » qui va jusqu’à empiéter sur les contours de la large calandre à lames verticales, tandis que l’arrière, assez fuyant, adopte un épais montant qui n’est pas sans rappeler celui de la mythique… Sport quattro ! Enfin, Audi a fait très fort en supprimant tout encadrement de vitre sur les 4 portes, ce qui renforce l’aspect sportif et « coupé » de la bête.

L’intérieur combine harmonieusement élégance, matériaux nobles et dernières technologies, mais trop d’options sont réclamées sur cette version haut de gamme SQ8. Ainsi, les inserts en carbone ou l’alcantara noir sont livrés en sus.

Label « S » sur facture

Bien sûr, notre déclinaison « S » en rajoute naturellement encore un peu, en exhibant notamment 4 généreuses sorties d’échappement, présentes autour d’un diffuseur d’air. Pas de quoi métamorphoser la voiture pour autant, par rapport à un plus classique 50 TDI. Mais à l’incontournable jeu des options, vous pouvez aussi monter le curseur de quelques crans en montant d’énormes roues de 22 pouces comme sur notre modèle d’essai (1890 €), ou encore opter pour l’inquiétant pack esthétique noir (850 €). Plus gênant d’après nous est de voir figurer, toujours sur la longue liste des options, le pack « châssis Sport Advanced » comprenant une direction dynamique, la stabilité active du roulis ou le différentiel quattro sport. Une « broutille » qui devrait être légitimement présente de série sur un modèle « S » très haut de gamme, facturée en sus pour la modique somme de… 7450 € ! Même remarque pour les superbes inserts en carbone véritable ornant la planche de bord, une coquetterie qui devrait pourtant, là encore, avoir toute sa place de série sur une Audi S, mais qui est proposée une nouvelle fois en option à 1050 €. En fait, en mettant bout à bout toutes les options présentes sur notre modèle d’essai, le prix explose à 139 440 €, hors malus maximum de 20 000 €.

Heureusement, dans son immense bonté, Audi « offre » sur son SQ8 pas moins de 39 assistances en tout genre, mais surtout la suspension pilotée permettant de faire varier la garde au sol de 9 cm (dans la limite de 25,4 cm), la boîte Tiptronic à 8 rapports et la transmission intégrale quattro. Pas inutile pour un engin pouvant envoyer 900 Nm de couple dès 1250 tr/mn ! Au-delà de cette performance, le SQ8 est comme tous les autres Q8, c’est-à-dire vraiment valorisant d’aspect et bien conçu. Valorisant, parce que sa planche de bord largement numérique et digitale est très bien conçue et intuitive avec ses commandes à « retour haptiques ». Nous n’avons pas d’actions chez Audi, mais nous pouvons objectivement vous certifier que, pour avoir fait le tour de ce qui existe chez la concurrence, notre constructeur préféré propose ce qui se fait de mieux – actuellement – en la matière. Enfin, ce SQ8 est bien conçu car, malgré son penchant sportif évident, il n’en oublie pas pour autant de soigner ses aspects pratiques, en disposant d’un vaste coffre de 605 dm3 (1755 dm3 en break), mais aussi d’une banquette coulissante.

Sur la forme, peu de choses permettent de différencier de l’avant cette version SQ8 d’un gros Q8 50 TDI doté de la dynamique finition S line. En revanche, à la conduite, c’est autre chose !

Mazette, quel mazout !

Gros V8 ou pas, un diesel reste un diesel, et côté sonorité cela n’est pas aussi flatteur à l’échappement (et à l’oreille !) qu’un bloc essence. Pourtant, Audi a pris soin de travailler cet aspect-là, si bien qu’à défaut de vous bercer, ce TDI parvient à émettre une sonorité qui n’a plus grand-chose d’agricole. En ville, notre mastodonte sait presque se faire oublier, la seule difficulté résidant dans son gabarit de catcheur, le rendant peu à l’aise dans des rues encombrées. Heureusement, tout n’est que douceur à son volant, la direction assistée et la boîte automatique à 8 rapports jouant la carte du feutré. Du ouaté même, si l’on prend en compte le travail efficace joué par l’amortissement piloté. Mais ce dernier a fort à faire pour gommer toutes les imperfections de la chaussée qui « remontent » via les énormes enveloppes de 22 pouces. Se limiter au 21 pouces livré de série est, à n’en pas douter, recommandé !

Mais si un SUV électrique e-tron se cantonnera volontiers à des trajets péri-urbains faute d’autonomie suffisante, le SQ8 voit, quant à lui, bien plus loin. Car avec son grand réservoir de 85 litres, et une consommation moyenne limitée à seulement 7,8 l/100 km (selon Audi), il est tout à fait envisageable de traverser le pays d’une traite. Et quand le réservoir est vide, on remet une pièce dans le Juke-Box en moins de 10 minutes et c’est reparti ! Bon, dans la vraie vie, il faudra plutôt tabler sur une consommation moyenne proche des 10 l/100 km, mais la performance reste belle pour un engin accusant 2440 kg sur la balance. Et ses kilos, il s’en balance justement, en étant capable d’accélérer fort comme une bonne GT, en couvrant le 0 à 100 km/h en seulement 4,8 secondes, la vitesse maxi restant bêtement bridée à 250 km/h. En clair, le SQ8 sait vous coller au fond des sièges ! Au-delà de ces accélérations, saisissantes, on saluera l’excellence du comportement, le SQ8 virant presque à plat. Quant au freinage, sur route ouverte, il donne toujours pleinement satisfaction, même si on imagine qu’il doit avoir fort à faire pour ralentir l’équipage !

C’est de l’arrière que le SQ8 se démarque le plus d’un Q8 « normal ». Les deux doubles paires d’échappement y sont pour quelque chose…

L’avis d’Avus

Vous craquez pour ce formidable SQ8 ? Nous aussi, mais dépêchez-vous de foncer chez Audi pour en trouver un de disponible sur stock, car après à peine une année de commercialisation, il doit déjà s’effacer au profit d’une nouvelle version dotée d’un V8 4.0 TFSI (essence donc). En clair, Audi a inventé la nouveauté d’occasion ! Une décision incompréhensible, le très sportif RSQ8 de 600 ch (voir Avus n°58) étant déjà là pour satisfaire les plus exigeants. Et greffer un puissant diesel, plus frugal que n’importe quel bloc essence comparable, avait du sens vis-à-vis des gros rouleurs pour qui ravitailler tous les 450 km est une perte de temps. On pourra toujours se consoler en se disant que ce nouveau 4.0 TFSI aligne 507 ch (et 770 Nm), ce qui lui permet de progresser encore en performances (0 à 100 en 4,1 sec). Mais aussi hélas en prix, ce dernier passant de 115 100 € à 125 500 €… hors malus maximum et options bien sûr !

Sous le capot se cache un joyau aujourd’hui condamné : un V8 4.0 TDI à compresseur électrique, combinant punch aux plus bas-régimes, mais aussi sobriété.

Caractéristiques techniques

  • Moteur : 8 cylindres en V biturbo diesel, injection directe par common-rail, 3956 cm3, 32v
  • Puissance maxi (ch à tr/mn) : 435 à 3750
  • Couple maxi (Nm à tr/mn) : 900 de 1250 à 3250
  • Transmission : aux 4 roues (quattro avec Torsen), boîte Tiptronic à 8 rapports
  • Freins : Disques ventilés, étriers à 4 pistons (AV et AR), disques carbone en option
  • Dimensions L x l x h (m) : 4,98/1,99/1,69
  • Poids (kg) : 2440
  • Volume du coffre (litres) : 605 (1755 en break)
  • Pneus AV/AR : 295/40 R 22 (option)
  • Vitesse maxi (km/h) : 250 (autolimitée)
  • 0 à 100 km/h (sec) : 4,8
  • Émissions CO2 (g/km) : 278

On aime

  • Style fort et personnel
  • Habitacle vaste et bien pensé
  • Moteur sobre et très performant
  • Comportement sûr et efficace

On aime moins

  • Déjà plus disponible !
  • Encombrement et poids élevés
  • Prix et malus décourageants
  • Politique d’options discutable

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