Audi R8

Audi R8 V10 Performance

Audi R8A l’heure où la majorité des supercars se convertit au(x) turbo(s), pour optimiser les consommations, et donc les rejets polluants, Audi fait de la résistance avec sa R8, qui reste fidèle au bon vieux V10 atmosphérique. Un bloc « atmosféérique » pourrait-on dire, une espèce en voie de disparition qui devrait être protégée…

Audi R8

Malgré un niveau de performance très élevé, la R8 est déconcertante par la facilité de sa prise en main. Elle explose les chronos, mais sur un circuit, ses rivales directes, plus affûtées encore, peuvent tourner autour…

En bref
Restylage de la R8
Version « Performance », V10 5.2 FSI de 620 ch
Performances : 0 à 100 km/h en 3,1 sec -331 km/h
Série limitée « Decenium », 222 exemplaires pour le monde
Prix du modèle essayé : 234 300 €

Aujourd’hui est un grand jour : on me propose d’aller à Strasbourg, pour essayer la nouvelle R8 V10 restylée. Un bonheur n’arrivant jamais seul, ma monture sera en plus un coupé Performance de 620 ch (contre 610 ch précédemment), forcément plus véloce que la petite version de 570 ch (qui ne faisait « que » 530 ch auparavant). Et, ultime surprise, on m’a réservé en plus la très exclusive « Decenium », une confidentielle série limitée au look savamment retravaillé produite à 222 exemplaires pour le monde (dont 8 pour la France), qui sont déjà tous vendus ! Pourquoi, au fait, ce nom « Decenium » ? C’est pour célébrer le cœur de la bête, un incroyable V10 5.2 FSI (injection directe d’essence), placé dans le dos des occupants, en position longitudinale arrière, comme sur toute bonne supercar qui se respecte.

Car si la R8 est née en 2007 avec un « simple » V8, elle est rapidement montée en gamme en héritant dès 2009 de cet incroyable 10 cylindres élevé chez… Lamborghini ! D’ailleurs, avec le cousin italien, Audi est désormais le seul constructeur à défendre les couleurs d’un tel moteur, condamné à moyen terme sur l’autel de l’écologie. Car dès 2022, quand Audi devra renouveler (ou pas ?) sa R8, la moyenne de rejet de CO2 imposée par Bruxelles sur l’ensemble de la gamme devra être de 95 g/km, de fortes amendes étant prévues en cas de non-respect (on parle de 90 € par gramme supplémentaire et par voiture, ce qui peut faire vite beaucoup !). Inutile de dire qu’il ne fait aucun doute que ce bloc devra alors rejoindre le musée au rayon des antiquités. Un immense gâchis, ce qui donne à cet essai une dimension un peu plus solennelle que d’habitude…

Audi R8

L’intérieur n’a guère évolué, mais on ne va pas s’en plaindre tant il est bien pensé. Cette série limitée Decenium, limitée à 222 exemplaires, gagne quelques marquages spécifiques, y compris par projection à l’ouverture des portes, mais aussi une superbe sellerie exclusive.

Terre d’asile

La France étant chaque année un peu plus un pays aux relents communistes et totalitaristes (les 2 allant souvent de pair !) vis-à-vis des automobilistes et des grosses cylindrées, je prends d’emblée la direction de l’Allemagne, une terre d’asile rêvée pour exploiter sereinement cette R8 Decenium. De « délinquant routier » probable, que l’on regarde avec suspicion de travers, je deviens alors soudainement de l’autre côté du Rhin, comme par magie, un citoyen respectable et respecté. Et parfaitement équilibré, sain de corps et d’esprit de surcroît, même si je fonce déjà sur la file de gauche de l’Autobahn à plus de 160 km/h. Un minimum syndical me direz-vous avec un engin de 620 ch posé par terre, capable de dépasser les 330 km/h, sauf qu’aujourd’hui il pleut des cordes, et que par endroit, de grosses flaques se forment. Alors transmission quattro ou pas, je n’ai pas besoin d’avoir un radar planqué au bord de la route pour rester adulte et un conducteur responsable : je lève naturellement le pied. Car avec des « tonneaux » de 20 pouces en guise de roues (19’’ en série), qui chaussent ces sublimes jantes « bronze » inédites fraisées dans de l’aluminium, je conduits sur des œufs, et ce d’autant plus qu’Audi a pris soin de rendre joueuse sa R8, ses différentiels pouvant renvoyer jusqu’à 100% du couple sur l’arrière, façon propulsion.

Même si je dois ronger mon frein, je reste, à chaque franche relance en 3ème ou 4ème, soufflé par la magie de cette poussée qui semble inépuisable (580 Nm), accompagnée de concert par une bande-son qui prend littéralement aux tripes, avec une explosion de décibels entre 3500 et 8000 tr/mn (contre 8250 tr/mn précédemment). C’est assez pour vous hérisser le poil et vous arracher une larme ! Au-delà de ce bonheur intense, je dois avouer que je n’ai perçu à aucun moment une quelconque amélioration des performances, le gain de 10 ch annoncé restant pour le moins anecdotique sur cette variante de pointe, qui s’alourdit au passage de 15 kg. Sans doute en revanche n’en va-t-il pas de même pour le modèle d’entrée de gamme, qui a vu le V10 passer de 530 à 570 ch à l’occasion de ce restylage. Une salutaire petite cure de jouvence obtenue notamment par un travail portant sur l’usinage des soupapes et sur l’échappement, le tout accompagné par la greffe désormais imposée d’un filtre à particules. Dommage que les hommes d’Audi Sport ne soient pas parvenus à gonfler de façon plus significative encore la puissance, car dans ce domaine, la concurrence directe navigue désormais dans une autre dimension, aux alentours des 700 ch.

Audi R8

Cette R8 « phase 2 » gagne en virilité, notamment au niveau de la face avant qui reçoit un bouclier aux formes plus agressives.

Mijotée à l’ancienne

C’est notamment le cas des récentes McLaren 720S ou Ferrari F8 Tributo, nanties toutes deux de V8 biturbode 720 ch leur permettant d’atteindre 340 km/h, et surtout d’expédier le 0 à 100 km/h en seulement 2,9 sec. Même « mamie 911 », pourtant en fin de vie, fait aussi bien en variante Turbo S avec son inoxydable Flat 6 de 560 ch. Autant dire que les rivales collent à la R8 un boulevard sur cet exercice, puisqu’elle pointe le bout de son spoiler un peu plus tard sur la ligne d’arrivée malgré le gain d’un dixième par rapport à l’ancienne version (0 à 100 km/h en 3,1 sec). C’est bien sûr remarquable dans l’absolu, mais le problème est que lorsque l’on navigue à ce niveau d’exception, le client en veut vraiment pour son argent, surtout s’il se tourne vers un blason moins prestigieux, pourtant presque aussi cher. Du coup, si la première mouture de R8, qui a profité à plein de l’effet nouveauté, s’est tout de même écoulée à 34 000 unités dans le monde, cette seconde génération n’a pour l’heure séduit que 11 000 clients en 4 ans, ce qui est forcément moins flatteur. Pour conjurer le sort, Audi sport n’a pas ménagé ses efforts pour rendre sa R8 plus désirable encore.

La face avant, encore plus agressive sur cette « phase 2 », gagne une calandre tridimensionnelle retravaillée, cernée par des phares à diodes laser, offrant jusqu’à 600 m de portée. Pour renforcer le côté bestial de cet engin hors norme, de petites ouvertures horizontales factices viennent se loger au-dessus de la calandre, façon ancienne Sport quattro. L’arrière gagne un diffuseur redessiné garni de lames, tandis que les flancs reçoivent un petit déflecteur au niveau du bas de caisse. L’intérieur reste en revanche inchangé, et si les amateurs de technologies high-tech trouveront dommage que les pavés tactiles présents sur les récentes A6, A7 et A8 ne soient pas du voyage, on ne criera pas au scandale tant la finition et l’ergonomie sont bien pensées. Et honnêtement, non seulement le cockpit virtuel s’avère bien suffisant à l’usage, mais il est aussi réconfortant de retrouver de bons vieux boutons à l’ancienne pour accéder aux divers menus, audi drive select à 7 modes compris !Des recettes « à l’ancienne », voilà finalement ce que propose cette R8 restylée, qui offre des accents délicieusement old school. Enfin, « qui offre » est ici une façon de parler, car il n’y a pas que les niveaux de puissance qui sont en hausse. Comptez au bas mot 209 600 € pour repartir au volant de la variante Performance en configuration « de base », notre très exclusive Decenium, d’ores et déjà collector, approchant plutôt les 235 000 €. Hors malus maximum de 10 500 € et autres taxes majorées, cela va de soi…

Audi R8

Les « émissions de carbone » ne se font pas qu’à l’échappement ! Cette variante Performance de 620 ch adopte un aileron fixe tout en carbone. Un appendice utile à 331 km/h !

L’avis d’Avus

Cet essai réalisé dans des conditions dantesques, sur les routes exigeantes de la Forêt Noire, a au moins permis de mettre en exergue les incroyables qualités dynamiques de la R8, mais aussi son confort, son efficacité, son agilité, sa facilité de conduite, bref, sa polyvalence. Problème : la concurrence directe citée plus haut fait au moins aussi bien, y compris dans un tel contexte, et elle offre en prime une image de marque plus valorisante encore, mais aussi des performances extrêmes, franchement d’un autre niveau. Dès lors, il ne reste plus à cette R8 pour convaincre que son très attachant V10 atmosphérique, un dinosaure mécanique au caractère unique et bien trempé hélas bientôt en voie d’extinction…


C’est assurément l’âme de la R8, et c’est bien cet incroyable V10 atmosphérique qui donne tout le sel à cette Audi d’exception. Sur la Decenium, la culasse est de couleur bronze, comme les jantes forgées.

Caractéristiques techniques : Audi R8 V10 Performance 2019

  • Moteur 10 cyl. en V, 40s,CoD à injection directe d’essence, 5204 cm3
  • Puissance (ch à tr/mn) 620 à 8000
  • Couple (Nm à tr/mn) 580 à 6600
  • Transmission aux 4 roues (quattro)
  • Boîte boîte S-tronic à 7 vitesses
  • Freins 4 disques ventilés en carbone-céramique
  • Pneumatiques (AV/AR) 245/30 R 20 – 295/30 R 20
  • L x l x h (m) 4,45 x 1,94 x 1,24
  • Réservoir (litres) 73
  • Poids à vide (kg) 1595
  • Coffre (litres) 112 + 226
  • 0 à 100 km/h (sec) 3,1
  • Vitesse maxi (km/h) 331

On aime

  • Style moderne et virilisé
  • Agrément mécanique évident
  • Polyvalence-efficacité-performances
  • Ergonomie-qualité de construction

On aime moins

  • Moins performante de ses rivales
  • Moins prestigieuse que ses rivales
  • Aussi chère que ses rivales !

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